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I. SERVITUDE COMPASSIONNELLE :
LA BRIGADE DES JUSTICIERS


Dans toutes les sociétés humaines, la guerre et la paix sont des phénomènes qui génèrent des comportements sociaux nouveaux. Au sujet des événements historiques qui nous intéressent, l'une des conséquences directes du génocide au Rwanda c'est le comportement qui consiste soit à chercher à oublier pour survivre, ou bien, dans le cas contraire, nous observons chez tel ou tel sujet le désir de comprendre ce qui s'est véritablement passé au Rwanda au printemps de 1994.

Sans pour autant généraliser, la volonté d'oublier, voire même de tout oublier, est liée à l'impossible travail de mémoire : soit pour des Rwandais qui sont confrontés aux difficultés de la vie dans une situation de l'après-guerre très compliquée au Rwanda, soit chez certains exilés rwandais qui doivent faire face aux conditions existentielles très précaires dans leurs nouveaux pays d'accueil.

Quant à la quête de la vérité, ce sont des Rwandais qui ont eu la possibilité de poursuivre le travail intellectuel après la tragédie de 1994 qui essayent de faire des recherches afin de faire la lumière sur la survenue du génocide au Rwanda. Sur ce point précis, différents chercheurs étrangers se sont intéressés aussi au cas du Rwanda dans divers domaines scientifiques : droit, histoire, littérature, anthropologie, sociologie, psychologie et psychopathologie, psychiatrie, etc.

Enfin, sur le plan professionnel, un nouveau métier est né : celui de « chasseurs de génocidaires » !

Lorsque j'ai entendu parler pour la premier fois de cette activité de « chasseurs de génocidaires », j'ai cru que c'était une blague ! Puis, quelques semaines plus tard, j'ai suivi à la télévision un reportage qui était réservé à ces « chasseurs de génocidaires » : de manière exclusive, la cible de ces « chasseurs de génocidaires » serait les présumés génocidaires rwandais.

Nous reviendrons sur ce sujet plus loin pour donner notre point de vue. Pour commencer, examinons maintenant d'autres points associés et qui ne manquent pas d'intérêt : en particulier, le danger que représente l'attitude de « servitude compassionnelle » vis-à-vis des victimes du génocide au Rwanda, quelle que soit leur communauté idéologique d'appartenance.

1. Les pseudos « Hutu modérés » à protéger

Depuis 1990, l'explication rationnelle qui a été donnée à la guerre civile au Rwanda est celle des rivalités ethniques qui seraient endémiques au Rwanda. Comme je l'ai exposé et développé dans mes travaux de recherche précédents, cette explication est trompeuse et empêche d'approfondir la problématique des violences collectives au Rwanda : en effet, dès que l'alibi de l'ethnocentrisme est avancé pour expliquer l'étiologie des violences collectives dans tel ou tel pays - surtout en Afrique -, toutes les autres hypothèses de réflexion sont écartées, en particulier les causes économiques, diplomatiques et géopolitiques. Pourtant, différents chercheurs et/ou écrivains ont régulièrement alerté l'opinion publique, depuis les guerres d'indépendances en Afrique, sur le danger que constituait la nouvelle donne géopolitique et la transformation des traditions ancestrales au profit de la « modernité ».

Ainsi, au Rwanda, suite aux conséquences du génocide de 1994, la communauté internationale a adopté une position manichéenne qui a consisté à diviser les Rwandais en deux catégorie : les « victimes » Tutsi et les « bourreaux » Hutu ! Sauf quelques exceptions très rares, dans tous les pays du monde, la seule analyse qui a été faite sur la survenue du génocide au Rwanda aura été celle des rivalités ethniques entre des « bons » et des « méchants » !

Or, une observation attentive permet de s'apercevoir que derrière la division manichéenne entre des « victimes » Tutsi d'un côté et des « bourreaux » Hutu de l'autre, derrière cette « thèse officielle » se cacherait une véritable stratégie d'intérêts géopolitiques à long terme : au lendemain du génocide au Rwanda, l'actualité des événements exigeait à tous la compassion envers les victimes et la sévérité judiciaire contre les auteurs de crimes génocidaires. Mais, il y a un point que personne n'a oublié :

Ceux qui sont responsables du génocide au Rwanda étaient soutenus par la « majorité de la population » : pour cela, malgré la « sévérité » dont il fallait faire preuve vis-à-vis des leaders de la communauté idéologique des Hutu, il ne fallait surtout pas se « fâcher » avec toute la population de la « majorité » !

Ainsi, tout en étant « sévères » contres les présumés génocidaires, certains organismes internationaux et certains États - en particuliers des pays occidentaux - ont gardé le contact avec des Hutu que l'on qualifie de « modérés » ! Bénéficiaires de ce titre pompeux de modérés, ces leaders Hutu, à leur tour, s'activent partout où ils sont pour se faire entendre et pour se distinguer des « méchants » de leur communauté qui sont poursuivis comme présumés génocidaires.

Cependant, une question demeure : à quoi reconnaît-on un Hutu « modéré » ? Généralement, le titre pompeux de Hutu « modérés » est attribué aux membres de l'opposition politique au Rwanda qui ont combattu le régime de J. Habyarimana jusqu'à sa chute tragique en avril 1994. Mais, cela ne suffit pas : en plus d'avoir combattu le régime de J. Habyarimana jusqu'au bout, le candidat au titre de « Hutu modéré » doit rallier l'idéologie du Front Patriotique Rwandais au pouvoir actuellement à Kigali. Quant aux leaders politiques qui ont combattu le régime dictatorial de J. Habyarimana mais qui ne se sont pas mis à genoux devant le Front Patriotique Rwandais après sa victoire en juillet 1994, ces Hutu « rebelles » eux, n'ont pas bénéficié du titre de « modérés » ! Pour quelle raison ?

La réponse est simple : pour bénéficier du titre pompeux de « modéré », il existe d'autres conditions en plus de celles que nous avons déjà citées ci-dessus. Voici la liste complète : avoir combattu publiquement le régime de J. Habyarimana jusqu'à sa chute tragique le 06 avril 1994 ; s'être mis à genoux devant les nouveaux maîtres au pouvoir à Kigali aujourd'hui ; servir la cause de la « thèse officielle » de l'Occident selon laquelle l'étiologie du génocide au Rwanda est exclusivement la rivalité ethnique entre Hutu et Tutsi ; militer publiquement pour que l'action bienfaisante de certains pays occidentaux pendant le génocide au Rwanda soit reconnue et, cela, en lieu et place des accusations de complicité de génocide qui sont régulièrement formulées à l'encontre de ces mêmes pays occidentaux.

Dans le cadre de mes recherches sur la survenue du génocide au Rwanda, j'ai appris avec stupéfaction que pendant le génocide au Rwanda, certaines puissances occidentales auraient envoyé des troupes dans les villages reculés du Rwanda pour « sauver » certains leaders Hutu et toutes leurs familles !

Arrêtons-nous un instant sur cette affaire : pendant que des centaines de milliers de Rwandais modestes étaient victimes de massacres sur toutes les collines du Rwanda, au lieu de s'impliquer pour arrêter ces massacres, certains pays occidentaux auraient plutôt préféré aller « sauver » des « clients » dans des villages reculés du Rwanda ?

Malheureusement, jusqu'à la date d'aujourd'hui, ce sont ces mêmes « clients » qui continuent de servir de caution à certains États pour empêcher l'émergence d'une nouvelle génération de leaders. Pourtant, le Rwanda d'aujourd'hui a besoin de nouveaux leaders qui seraient débarrassés des conflits d'intérêts du passé et des tares du colonialisme.

Cette situation choquante constitue ce que nous appelons la « servitude compassionnelle » : pour continuer à faire valoir des pseudos « thèses officielles » sur la survenue du génocide au Rwanda, certains pays assurent la protection à tel ou tel ancien leader politique rwandais et, en échange, celui-ci sert de caution politique dans la propagande de « diviser pour mieux régner » ! Nous avons ici l'une des explications possibles sur le drame rwandais : depuis 1994, aucun effort n'a été fait, aucune initiative n'a été prise pour réconcilier les Rwandais de l'intérieur et ceux de la diaspora afin de pacifier le pays. Pire encore, en 2015, certains Rwandais sont encore obligés de fuir leur pays pour se réfugier à l'étranger !

2. Des Tutsi « pitoyables » à sauver

C'est l'argument majeur qui est régulièrement avancé pour justifier le choix de l'Occident en 1994 : entre les « pitoyables victimes » Tutsi et les « méchants bourreaux » Hutu, il fallait choisir ! Donc, l'Occident aurait choisi d'aider le Front Patriotique Rwandais à sauver des survivants Tutsi, à mettre fin au génocide et à prendre le pouvoir. « C'est la seule issue possible qui s'imposait », m'a expliqué un jour un ancien fonctionnaire d'un organisme international au Rwanda !

En réalité, ce ne fut pas une victoire ordinaire, ce fut plutôt une « victoire à la Pyrrhus » ! Car, le Front Patriotique Rwandais n'a pas mis fin au génocide et n'a sauvé personne : malheureusement, les Hutu au pouvoir ont arrêté les massacres parce qu'il ne restait plus personne à tuer ; les Hutu ont pris la fuite parce qu'ils n'avaient plus d'armes et de munitions pour se battre. Voilà la réalité. Tout le reste, ce sons des commentaires qui font partie des mécanismes de « servitude compassionnelle ».

D'ailleurs, depuis la fin du génocide jusqu'à ce jour, la même stratégie de servitude compassionnelle a continué sous différentes formes. Cela dans le cadre des comportements pathologiques d'annulation rétroactive de la mémoire des faits - certains occidentaux n'acceptent pas que l'on pointe du doigt sur leurs responsabilités dans la survenue du génocide au Rwanda. Par ailleurs, la servitude compassionnelle est observable dans le langage et dans l'engagement à la fois compulsif et partisan qui viserait à pourchasser les « vrais coupables » pour les traduire en Justice : or, à ce jour, aucun criminel membre du Front Patriotique Rwandais n'a jamais été inquiété par les « chasseurs de génocidaires », et encore moins par la Justice internationale !

Autrement dit, certains coupables potentiels recherchent, par tous les moyens, à faire « payer » doublement les « vrais » coupables Hutu qui sont poursuivis pour les actes génocidaires qu'ils ont réellement commis au Rwanda. En effet, selon la servitude compassionnelle en question, seuls les Rwandais ont commis le génocide et ils sont les seuls à devoir s'expliquer. D'où des « brigades de justiciers » pour que cette cause soit entendue partout sur la Terre !

Cependant, nous ne nous laisserons pas faire : les présumés génocidaires étrangers, qui ont participé au génocide au Rwanda - directement sur le terrains ou indirectement à partir des pays étrangers -, tous ces coupables, présumés ou non, devront eux aussi répondre de leurs actes. C'est pour cela que la chasse à l'homme contre des présumés génocidaires rwandais devrait être accompagnée, avec la même rigueur et la même « sévérité », de la chasse aux présumés génocidaires étrangers. Sinon, il s'agit là d'une Justice de « deux poids, deux mesure »  qui n'a aucun intérêt pour les victimes.

3. La brigade des justiciers

Nous venons d'exposer ci-dessus le questionnement fondamental qui est le nôtre sur l'un des aspects de la servitude compassionnelle : entre autres ces aspects, il y en a un qui consiste à engager une véritable « chasse à l'homme » sélective contre les présumés génocidaires rwandais. Voici à présent un cas concret qui permet d'illustrer nos observations :

Depuis plusieurs années, ici en France, il existe une véritable « brigade de justiciers » qui traque publiquement les présumés génocidaires rwandais pour les traduire en Justice. Du point de vue moral et juridique, ce travail est louable. Mais, là ou l'affaire se complique c'est que, à ce jour, cette brigade de justiciers n'a pourchassé aucun étranger parmi ceux qui sont soupçonnés d'avoir commis des crimes génocidaires au Rwanda. Pourtant, des plaintes de victimes sont régulièrement déposées auprès de la Justice en France. Dans ces conditions, pourquoi les présumés génocidaires rwandais sont les seuls à être la cible du harcèlement, justifié ou non, des différentes associations de justiciers en France ?

Afin de prouver leur neutralité et leur impartialité, nous demandons à la brigade de justiciers de montrer aussi du zèle et de la détermination au sujet des dossiers concernant la responsabilité des étrangers dans la survenue du génocide au Rwanda : des Français, mais aussi des ressortissants d'autres nationalités, en particulier des étrangers qui auraient sévi au Rwanda sous les ordres du Front Patriotique Rwandais.

Partialité idéologiques

Le point le plus inquiétant, au sujet de la servitude compassionnelle que nous venons de décrire ci-dessus, c'est la partialité idéologique de certains «justiciers » :

Pendant le génocide au Rwanda, ce ne sont pas seulement des personnes ayant la carte d'identité de Tutsi qui ont été massacrées ; mêmes des Hutu ont été victimes des massacres génocidaires.

Plus particulièrement, pendant que ceux qui étaient au pouvoir à Kigali massacraient la population dans presque toutes les localités du pays, le Front Patriotique Rwandais massacrait aussi et au même moment des populations civiles : au nord, au nord-est et à l'est du Rwanda, mais aussi dans la ville de Kigali et sa banlieue.

Pourtant, jusqu'à la date d'aujourd'hui, les crimes génocidaires dont les populations de la communautés des Hutu ont été victimes n'ont jamais été publiquement dénoncés et condamnés dans le cadre de la « chasse à l'homme » initiée par la brigade de justiciers en France ! Pourquoi cette attitude de partialité ? Plus grave encore, la « thèse officielle » qui a été adoptée par ces organisations de justiciers c'est celle qui divise les Rwandais en deux catégories : les « bons et victimes » Tutsi, puis les « méchants et bourreaux » Hutu. A cet effet, lors des manifestations publiques de commémoration, certains Rwandais sont exhibés comme étant des représentants « archétypes » d'une « race » de Tutsi , une « race » qui serait menacée par des méchants Hutu au Rwanda !

Nous avons ainsi deux problèmes idéologiques majeurs avec ces différentes brigades de justiciers :

D'une part, certains justiciers sont « partisans » de l'idéologie politique du Front Patriotique Rwandais et n'ont jamais dénoncé les crimes génocidaires imputables à ce mouvement. Ce qui constitue, ni plus ni moins, une situation de complicité avec le Front Patriotique Rwandais. Cela au détriment d'une justice équitable pour toutes les victimes des violences génocidaires au Rwanda.

D'autre part, certains justiciers pour le Rwanda continuent d'attiser la haine et la division : continuer à maintenir la division ethnique comme étant la seule étiologie du génocide au Rwanda, continuer à faire croire aux membres de la communauté des Tutsi que le salut leur viendra du rejet d'une partie de la population rwandaise - en se considérant comme une « ethnie » à part entière menacée -, ignorer les liens socioculturels et matrimoniaux qui unissent les Rwandais pour ne privilégier que des « mirages » idéologiques autour des pseudos ethnies, tous ces éléments constituent un danger pour le Rwanda.

Sur ce point précis des pseudos ethnies, dans mes travaux de recherche précédents, j'ai déjà exposé et développé de nombreuses hypothèses qui démontrent que les termes Hutu et Tutsi désignent tout simplement des classes sociales. Car, ces mêmes termes ont été abusivement utilisés par l'administration coloniale dans le seul but d'asseoir son idéologie impérialiste. C'est en effet dans les années 1930 que la carte d'identité « ethnique » a été inventée et imposée à tous les Rwandais par l'administration coloniale belge.

Ah ! Ah ! J'ai oublié : les génocidaires ont utilisé la mention ethnique sur la carte d'identité pour massacrer tel ou tel Rwandais selon son appartenance à la communauté des Hutu ou à celle des Tutsi : telle est la remarque qui est le plus souvent utilisée pour prouver que le problème ethnique serait la seule étiologie de la survenue du génocide au Rwanda. Puis, le même argument permettrait de justifier l'intérêt du travail des justiciers pour « sauver » des rescapés du génocide qui seraient uniquement des Tuts !

D'abord, je me permets de faire la remarque suivante : ce n'est pas parce que l'administration coloniale belge a décrété que tel Rwandais serait Hutu ou Tutsi que cela devrait être pris pour une « vérité universelle ». D'ailleurs, suite aux violences de 1959 qui ont conduit certains leaders Hutu au pouvoir - au moment où d'autres Hutu fuyaient le Rwanda avec la monarchie déchue -, plusieurs Rwandais Tutsi ont changé leur carte d'identité pour devenir des Hutu. Avant l'époque coloniale, l'inverse était aussi régulièrement pratiqué : dès qu'un Hutu pauvre devenait riche, il appartenait désormais à la classe des nobles, donc des Tutsi. Cela prouve combien le contenu « ethnique » de ces termes est discutable !

Ensuite, ce n'est pas parce que certains idéologues Hutu ont exploité politiquement et utilisé abusivement l'erreur de l'administration coloniale belge - en ce qui concerne la mention ethnique sur la carte d'identité -, ce n'est pas pour cette raison que nous devrions croire à une telle idéologie qui est devenue génocidaire et prendre pour une « vérité universelle » ce qui constitue une fausseté historique reconnue par tous !

Enfin, je voudrais savoir : dès lors que les rescapés du génocide au Rwanda se seront enfermés dans leur identité de « Tutsi à protéger », à l'écart des « méchants Hutu », où iront-ils vivre une fois qu'ils auront adhéré à une nouvelle idéologie de diabolisation ethnique ?

Toutes ces questions mériteraient une attention particulière pour reconstruire le Rwanda : les victimes de la communauté idéologique des Tutsi ont droit à la même Justice à laquelle ont droit aussi les victimes de la communauté idéologique des Hutu. Dans cette perspective, il est illusoire de prétendre rendre Justice aux uns en laissant de côté les autres.

Pour ma part, devant des actes génocidaires, il ne devrait pas y avoir des différences de traitement : il n'existe pas de « bons crimes » qui seraient acceptables à côté de « mauvais crimes » qui seraient à condamner ; comme il n'existe pas de « vraies victimes » à défendre par opposition à des « victimes ignorées » qui seraient des « sans droit ».

Quant à l'utilisation de la mention ethnique sur la carte d'identité par les génocidaires en 1994, c'est l'histoire des « fausses opinions » et de la « fausse monnaie » selon J. De Maistre :

« Les fausses opinions ressemblent à la fausse monnaie, qui est frappée d'abord par de grands coupables et dépensée ensuite par d'honnêtes gens qui perpétuent le crime sans savoir ce qu'ils font »1.

Une ligne de défense machiavélique !

Sans pour autant minimiser ou négliger l'importance de l'idéologie instrumentale des pseudos ethnies das la survenue du génocide au Rwanda, compte tenu des travaux de recherche qui démontrent clairement l'existence d'autres causes directes et/ou indirectes de la tragédie qui a sévi au Rwanda - crise identitaire, influences géopolitiques régionales et internationales, etc.-, l'argumentation répétitive qui s'appuie sur des « rivalités ethniques » entre Hutu et Tutsi serait plutôt une ligne de défense machiavélique : seuls les Rwandais seraient coupables de crimes génocidaires et devraient être jugés, humiliés, piétinés, traînés dans la boue, etc.

En effet, des faits historiques incontestables démontrent clairement que les responsabilités de la survenue du génocide au Rwanda concernent certes le cercle politique et militaire des Rwandais, mais aussi, ces mêmes responsabilités dépassent les frontières du Rwanda pour concerner d'autres pays étrangers. Car, d'autres pays ont été impliqués dans la survenue des conflits sociopolitiques au Rwanda depuis l'époque coloniale jusqu'au génocide de 1994.

Par ailleurs, comme le démontre le dossier que nous présentons dans la partie annexe du présent ouvrage, les mêmes crimes génocidaires contre nous Rwandais continuent, plus de 20 ans après la fin officielle du génocide au Rwanda ! Les faits sont là, tout le monde pourra consulter les éléments de preuves.

4. L'Évangile des Droits de l'Homme selon Saint Jacobin

C'est en 1793, pendant la Révolution Française, que la Convention décréta la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, avec le vœu pieux selon lequel « Tous les hommes sont égaux par la nature et devant la Loi » ! Vœux pieux car, les Révolutionnaires ignoraient sans doute que de par sa nature, l'être humain recherche avant tout la satisfaction de ses désirs et la préservation de ses intérêts narcissiques. Cela avant de s'intéresser à autrui !

En effet, dès la naissance, l'être humain constate qu'il existe un obstacle majeur à la satisfaction de ses désirs et à la préservation de ses intérêts narcissiques : la présence d'autrui.

Ainsi, pour survivre, l'être humain doit gérer et dépasser le conflit psychique relatif à la présence d'autrui. Mais, cela ne se passe pas sans douleur et souffrance : la violence fondamentale2, par laquelle l'être humain est appelé à faire un processus psychique qui consiste à choisir entre la vie et la mort - l'autre ou moi -, cette violence fondamentale préfigure déjà la vie d'adulte en société.

Par conséquent, étant donné que la lutte pour défendre ses intérêts narcissiques se poursuit pour toute la vie, le renoncement à certains intérêts narcissiques au profit de la culture ou de la collectivité n'est pas un acte de « bienfaisance » que l'être humain fait à autrui. Il s'agit plutôt d'un renoncement en échange d'un bien ou d'un intérêt beaucoup important : la survie psychique et matérielle.

Nous avons ainsi l'esquisse d'une explication sur l'origine de la formation en communauté et en société : la famille, le clan, les nations puis les États modernes sont le fruit d'un renoncement initial de chacun de leurs membres pour bénéficier de la protection et de la bienveillance des ascendants d'abords, puis des congénères par la suite.

Du point de vue phénoménologique et sociologique, la violence collective ne peut surgir que de la mutualisation des violences individuelles de chacun des membres d'une société en une seule violence destructrice : celle-ci est dirigée contre un ennemi commun désigné comme tel.

En fin de compte, la défense des intérêts de telle ou telle communauté, l'idéologie identitaire pour préserver les intérêts et l'identité du groupe sont de nature à générer la violence contre tous ceux qui sont « étranger » et ou différents. En France, depuis la Révolution Française, les défenseurs des intérêts et des valeurs de la « République » revendiquent le titre de « Jacobins ».

Cependant, en réaction aux différentes idéologies jihadistes et communautaristes, certains « Jacobins » sont eux-mêmes devenus des adeptes de la terreur à l'encontre de ceux qui sont considérés comme des « étrangers ».

D'où, selon notre hypothèse de réflexion ci-dessus exposée, l'existence d'un certain « jihadisme jacobin ».

Droits de l'homme : mythe ou réalité ?

Il n'y a pas si longtemps, le feu président libyen M. Kadhafi a effectué une visite à Paris : un tapis rouge fut déployé en son honneur ! Avant même la fin de sa visite, une polémique surgit au sein de certains cercles de pouvoir et chez certains intellectuels en France : la France, pays des Droits de l'Homme, ne peut pas être le « paillasson » d'un dictateur ! - avait même publiquement déclaré une haute personnalité politique à l'époque !

Au début des années 2010, suite à la survenue des Révolutions politiques au Maghreb et au Proche Orient - révolutions politiques qualifiées comme étant des « ¨Printemps Arabes » -, une coalition internationale a attaqué la Libye pour chasser du pouvoir M. Kadhafi : accusé de vouloir massacrer sa population, certaines puissances de ce monde et leurs alliés renversèrent le dictateur au nom des « Droits de l'Homme » ! M. Kadhafi fut assassiné le dernier jour de son règne en essayant de fuir la capitale Tripoli.

Loin d'avoir une quelconque sympathie pour le dictateur que fut le « Guide libyen », l'histoire de la fin tragique de M. Kadhafi constitue une grande honte et une humiliation supplémentaire à l'encontre des peuples d'Afrique :

Je me permets de faire un bref rappel historique : cela fait plus de cinq siècles que le continent africain est piétiné, humilié, pillé et dépouillé par certaines puissances de ce monde : depuis l'esclavage jusqu'au néocolonialisme actuel, en passant par le colonialisme et les guerres civiles qui ont été provoquées par le contexte de la guerre froide, l'Afrique n'a jamais été en paix depuis plusieurs siècles. Ainsi, si certains dirigeants français estiment - à juste titre - que leur pays n'est pas le « paillasson » des dictateurs africains, nous aimerions leur dire que l'Afrique non plus n'est pas le « paillasson » des Grands de ce monde !

Conformément au sujet qui est le nôtre dans la réflexion actuelle, je désirerais rappeler que plus qu'un simple « paillasson » des Grands de ce monde, la survenue du génocide au Rwanda a transformé notre pays en un véritable champ de ruines et un cimetière à ciel ouvert.

Quant à l'histoire tragique de M. Kadhafi, avec le recul, je constate que cet homme n'était pas seulement un dictateur : il était aussi un miroir ! En effet, certains « amis » de M. Kadhafi lui ressemblaient. Ainsi, M. Kadhafi était devenu le miroir dans lequel ces mêmes « amis » découvraient leur propre visage. Pour cela, il ne restait qu'une solution pour survivre : se débarrasser du « miroir gênant » qu'était devenu M. Kadhafi.

Autre observation historique pertinente : aujourd'hui, la Libye est devenue un véritable chaos sur le plan politique et militaire. Par ailleurs, ce pays a contaminé sa crise à tous les pays de la sous-région saharienne. Où sont-ils donc passés les « chevaliers » des Droits de l'Homme ?

1 De MAISTRE J., in TOULAT J., Le droit de naître, Paris, Pygmalion, 1979, p. 83.

2 BERGERET J., (1980), texte « La violence fondamentale », in Freud, la violence et la dépression, Paris, PUF, 1995, p. 63 - 92.


12

Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


Synthèse

Commander

Le Jugement
de l'Histoire


Synthèse

Commander

Le génocide
au Rwanda


Synthèse

Commander

Essai sur
l'autosuggestion


Synthèse

Commander

Psychopathologie descriptive I
Essais
sur les violences collectives

Synthèse

Commander

Communautarisme
et autochtonie –
Du cas du Rwanda
à l'universel

Synthèse

Commander

Rwanda :
crimes d'honneur
et influences régionales

Synthèse

Commander

Rwanda :
crise identitaire
et violence collective

Synthèse

Commander

La compulsion
de répétition
dans les violences collectives

Synthèse

Commander

La compulsion
de répétition
dans les violences collectives

Rwanda :
crise identitaire
et violence collective
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