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« Le manifeste des Bahutu »1

Note sur l'aspect social du problème racial indigène au Rwanda.
Le 24 mars 1957

1. Rappel du contexte historique des années 60

A partir d'un aperçu général de l'histoire du Rwanda, l'auteur belge J. Vanderlinden résume les faits historiques des années 50 - 60 comme suit :2

« En 1914, l'Allemagne entre en guerre contre la Belgique, l'Angleterre et la France, principales puissances coloniales de l'époque, et l'Afrique orientale fait l'objet d'une conquête des forces belges et anglaises. La victoire des Alliés entraîne un redécoupage des territoires allemands et la Belgique se voit confier en 1923, par la Société des Nations, un mandat sur le Rwanda et sur un royaume voisin, le Burundi. Elle les réunit en un territoire qui sera connu pendant près de cinquante ans sous le nom de Ruanda-Urundi. Le territoire sous mandat de la Société des Nations deviendra, après la deuxième guerre mondiale, territoire sous tutelle des Nations Unies, mais le changement de son statut international n'affectera que peu son évolution interne sous administration belge ; tout au plus peut-on considérer que l'accession du pays à l'indépendance fut quelque peu accélérée par le régime de la tutelle. Ce serait pourtant n'envisager là que l'aspect extérieur des choses ; si le Rwanda est devenu un État membre de la communauté international en 1962, c'est autant à l'évolution générale de la situation politique du continent africain qu'aux recommandations du Conseil de tutelle de l'ONU qu'il le doit ».3

Même si l'auteur présente dans son ouvrage un aperçu général de la situation sociopolitique, économique et culturelle du Rwanda, intéressons-nous en particulier aux aspects sociopolitiques :

« Sous l'administration belge, la situation pré-coloniale est certe amendée dans ce que certains des abus les plus criants avaient d'exorbitants, mais on ne peut considérer qu'elle soit fondamentalement altérée, du moins jusqu'à une dizaine d'années de l'indépendance, quelques années après la deuxième guerre mondiale. A partir de 1919, en effet, la Belgique pratique largement une politique d'administration indirecte. Tout dans la situation traditionnelle l'y encourage : la structure politique de type étatique, l'administration contrôlant l'ensemble du pays et l'organisation judiciaire assurant le respect des normes imposées par le pouvoir central. En outre, les disettes, voire les famines, qui frappent le pays pendant cette période, rendent indispensables une politique agricole ferme qui ne peut être imposée par l'administration coloniale qu'avec l'aide de la hiérarchie tutsi en place.

S'ajoutent à ces éléments de fait ce que le colonisateur appelle l'indéniable « supériorité intellectuelle » et le « potentiel de commandement » des Tutsi, auxquels s'opposent, dans la terminologie de ces derniers, les « grands enfants, sans formation intellectuelle » que sont les Hutu ».4

L'auteur continue sa réflexion et nous introduit dans la période qui nous intéresse, celle des changements sociopolitiques vers l'indépendance :

« Sur le plan politique enfin, le contrôle tutsi sur le pays reste entier, malgré certaines interventions de l'administration belge, comme la déportation du Mwami Musinga en 1931 ; ces interventions s'inscrivent d'ailleurs dans le cadre des rapports entre l'autorité administrante et les autorités traditionnelles jugées trop peu dociles (…). En 1956, les premières élections ne traduisent pas un changement profond dans les structures existantes (…). Mais le mouvement est lancé qui va aboutir dans les cinq années suivantes au triomphe hutu. Ce mouvement est accéléré par la prise de contrôle de la presse en kinyarwanda par des éléments de l'intelligentsia hutu ; qu'il s'agisse de M. Grégoire Kayibanda, qui devient, en 1955, rédacteur en chef de Kinyamateka, organe de presse de l'épiscopat, ou de M. Joseph Habyarimana Gitera, qui fonde, en 1958, un second périodique, la masse hutu voit ses aspirations longtemps refoulées éclater au grand jour.

En 1957, le Manifeste des Hutu traduit ces aspirations sur le plan politique. Adressé au gouverneur, ce texte dénonce le quadruple monopole des Tutsi - politique, économique, social et culturel – et demande qu'il y soit porté remède par une série de mesures concrètes. A ce manifeste, le Conseil du pays répond par une « mise au point » qui ignore les revendications hutu et proclame au contraire la nécessité de renforcer les institutions traditionnelles érodées sous l'influence pernicieuse du colonisateur belge. L'année suivante, les deux premiers partis politiques se constituent, l'Aprosoma (Association pour la promotion sociale de la masse) et le Parmehutu (parti du mouvement de l'émancipation des Hutu). En 1959, à la mort de Mutara III, les Tutsi, après avoir nié que le problème existât, se décident à se constituer également en forces politiques et créent deux partis, l'Unar (Union nationale rwandaise) et le Rader (Rassemblement démocratique rwandais). Si le premier de ces partis s'avère immédiatement conservateur et point de ralliement des tenants de l'immobilisme le plus complet, le second admet le bien-fondé d'une certaine démocratisation dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle ».5

2. Du « colonialisme multinational » au Rwanda

Le résumé ci-dessus permet de planter le décor : comme le démontre l'auteur dans la suite de sa réflexion, les Rwandais ne sont pas les seuls à être impliqués dans les changements sociopolitiques en cours. Car la Belgique - qui exerçait le pouvoir de tutelle - et les Nations Unies vont bientôt se mêler des affaires internes au Rwanda :

« L'année 1960 est marquée, dans ensemble, par un durcissement des positions des parties en présence. D'une part les Tutsi les plus intransigeants groupés au sein de l'Unar s'opposent à toute initiative de la puissance de tutelle et font appel à l'Organisation des Nations Unies. Ils contribuent ainsi à rejeter la Belgique du côté hutu. Les Hutu, de leur côté, regroupent leurs forces et sont même rejoints par les Tutsi modérés du Rader. Ils forment avec ceux-ci un Front commun qui revendique ouvertement le soutien belge. Quant à la Belgique et au Mwami, ils demeurent en principe neutres dans cet affrontement jusqu'au moment de la constitution du Front commun ; à ce moment en effet, les trois partis représentés au sein du Front rompent avec le Mwami qui avait opposé une fin de non-recevoir à diverses demandes contenues dans un document intitulé Mesures pour contribuer à la pacification. La puissance de tutelle est informée de cette rupture le 31 avril 1960. Un mois auparavant (…) une mission du conseil de tutelle de l'ONU avait achevé sa visite au Rwanda par une recommandation tendant à reporter les élections communales prévues pour le mois de juin 1960 et les remplacer par une table ronde sur l'avenir du pays. A cette recommandation, les Hutu s'opposent d'emblée, les Tutsi applaudissent ; quant aux Belges, ils ont la difficulté à prendre position ; il semble toutefois que les autorités locales (…) aient penché pour le maintien des élections à la date prévue, ce qui ne peut manquer de les ranger encore plus nettement dans le camp des Hutu. Deux groupes s'affrontent donc désormais : d'une part les Tutsi et le Mwami soutenus par l'ONU, de l'autre les Hutu soutenus par les Belges et plus particulièrement par l'administration locale. Ils se retrouvent à Bruxelles du 30 mai au 7 juin 1960, à la veille des élections communales, dont la date est maintenue par la Belgique qui a cependant accepté d'organiser avant elles une rencontre des partis en présence. Les décisions du colloque contiennent de quoi satisfaire tous les participants sur l'un ou l'autre point de leurs revendications, mais aussi de quoi les décevoir profondément sur d'autres ; aussi l'Unar rejette-t-elle les conclusions du colloque, tandis que les autres partis se préparent aux élections de juillet ».6

3.« Le manifeste des Bahutu »

Note sur l'aspect social du problème racial indigène au Rwanda. » Le 24 mars 1957

« Des rumeurs seront déjà parvenues à l'autorité du Gouvernement par la presse et peut-être aussi par la parole au sujet de la situation actuelle des relations muhutu-mututsi au Rwanda. Inconscientes ou non, elles touchent un problème qui nous paraît grave, problème qui pourrait déparer ou peut-être même un jour torpiller l’œuvre si grandiose que la Belgique réalise au Rwanda.

Le problème racial indigène est sans doute d'ordre intérieur mais qu'est-ce qui reste intérieur ou local à l'âge où le monde arrive ! Comment peut-il rester caché au moment où les complications politiques indigènes et européennes semblent s'affronter ? Aux complications politiques, sociales et économiques s'ajoute l'élément race dont l'aigreur semble s'accentuer de plus en plus. En effet, par le canal de la culture, les avantages de la civilisation actuelle semblent se diriger carrément d'un côté - le côté mututsi - préparant ainsi plus de difficultés dans l'avenir que ce qu'on se plaît à appeler aujourd'hui « les problèmes qui divisent ». Il ne servirait en effet à rien de durable de solutionner le problème mututsi-belge si l'on laisse le problème fondamental mututsi-muhutu.

C'est à ce problème que nous voulons contribuer à apporter quelques éclaircissements. Il nous a paru constructif d'en montrer en quelques mots les réalités angoissantes à l'Autorité Tutélaire qui est ici pour toute la population et non pour une caste qui représente à peine 14% des habitants.

La situation actuelle provient en grande partie de l'état créé par l'ancienne structure politico-sociale du Rwanda, en particulier le buhake, et de l'application à fond de certaines institutions sociales anciennes qui ont été effacées sans qu'on ait permis à des institutions modernes, occidentales correspondantes se s'établir et de compenser. Aussi serions-nous heureux de voir s'établir rapidement le syndicalisme pour aider et encourager la formation d'une classe moyenne forte. La peur, le complexe d'infériorité et le besoin « atavique » d'un tuteur, attribués à l'essence du Muhutu, si tant est vrai qu'ils sont une réalité, sont des séquelles du système féodal. A supposer leur réalité, la civilisation qu'apportent les Belges n'aurait pas réalisé grand-chose, s'il n'était fait des efforts positifs pour lever effectivement ces obstacles à l'émancipation du Rwanda intégral (...).

Quelques solutions peuvent être présentées dont l'efficacité n'est possible que si le système politique et social actuel du pays change profondément et assez rapidement.

1)La première solution est un « esprit ». Qu'on abandonne la pensée que les élites rwandaises ne se trouvent que dans les rangs hamites (méthode chérie en fait par l'Administration dans nos pays et qu'on appelle par abus de terme « Umuco w'Igihugu », « le respect de la culture et de la coutume du pays »).

2)Aux points de vue économique et social. Nous voulons que des institutions soient créées pour aider les efforts de la population muhutu handicapés par une administration indigène, qui semble vouloir voir le Muhutu rester dans l'indigence et donc dans l'impossibilité de réclamer l'exercice de ses droits dans son pays (...).

3)Au point de vue politique. Si nous sommes d'accord que l'administration mututsi actuelle participe de plus en plus au gouvernement du pays, nous pensons pourtant mettre en garde contre une méthode qui tout en tendant à la suppression du colonialisme blanc-noir, laisserait un colonialisme pur du hamite sur le Muhutu. Il faut à la base aplanir les difficultés qui pourraient provenir du monopole hamite sur les autres races, habitant, plus nombreuses et plus anciennes, dans le pays (...).

4)Au point de vue Instruction. Demain, on réclamera les diplômes et ce sera de juste. Or jusqu'ici la sélection de fait au stade secondaire et supérieur crève les yeux.

Les prétextes ne manquent pas bien entendu, et certains ne sont pas dépourvus de tout fondement : ils profitent d'un système favorisant systématiquement l'avancement politique et économique du hamite (...).

Les autorités voudront donc voir dans cette brève note, en quelque sorte systématisés, les courants d'idées et les désirs concrets d'un peuple auquel nous appartenons, avec lequel nous partageons la vie et les refoulements opérés par une atmosphère tendant à obstruer la voie à une véritable démocratisation du pays ; celle-ci, envisagée par la généreuse Belgique, est vivement souhaitée par la population avide d'une atmosphère politico-sociale viable et favorable à l'initiative et au travail pour un mieux-être et pour la promotion intégrale et collective du peuple. »

(Sé)

Maximilien NIYONZIMA,

Grégoire KAYIBANDA,

Claver NDAHAYO,

Isidore NZEYIMANA,

Calliope MULINDAHABI,

Godefroid SENTAMA,

Sylvestre MUNYAMBONERA,

Joseph SIBOMANA,

Joseph HABYALIMANA »7

« Le programme des Bahutu »

« (...) Le parti des Bahutu aura pour normes : Par le travail, le progrès ; égalité devant le Roi et la Loi ; fraternité.

L'ensemble des positions prises par le Conseil supérieur du pays dans sa majorité hamitisante, est l'unique cause de la création du parti des Bahutu.

Ce parti des Bahutu trouve ainsi sa reconnaissance officielle, à l'échelle nationale, dans les attitudes manifestement hostiles et contradictoires des dirigeants autochtones du pays qui repoussent de toutes leurs forces tout essai d'atteindre à leur monopole absolutiste, alors qu'ils proclament malicieusement que Bahutu, Batutsi et Batwa sont des surnoms et que notre nom de famille est Abanyarwanda... On peut se demander clairement si les Bahutu ont encore quelque chose à espérer des Batutsi pour leur émancipation.

Il n'y a donc plus qu'une chose à faire : c'est de recourir à la puissance tutélaire pour qu'elle solutionne désormais ce différend que n'ont pas pu et ne pourront guère trancher équitablement le vieux parti des Batutsi et le jeune parti des Bahutu, tous deux intéressés dans l'affaire.

En conséquence nous faisons appel à la Belgique et à l'O.N.U. ».8

Joseph Habyarimana Gitera,

Président de la délégation des Bahutu à l'Ibwami, Nyanza-Rwanda.9

4.« Doctrine du parti politique ''UNAR'' »

« Tous les membres qui adhèrent au Parti sont convaincus qu'une indépendance immédiate est indispensable. Ils rejettent toute idée de collaborationnisme. On ne collabore pas avec celui qui ne veut pas, ou qui a des fins contradictoires au but poursuivi. Le Parti rejette toute idée d'autonomie interne, qui suppose toujours une « collaboration » qui n'est en fait qu'une ridicule et perpétuelle guerre froide, qu'illustre déjà une série d'assassinats, de divisions des Banyarwanda Bahutu-Batutsi et Batwa. Le parti emploiera toute son énergie à obtenir une indépendance sans condition.

L'Occidental veut toujours asservir l'Afrique, l'exploiter sans pitié ni répit, et nier ainsi à l'homme noir les droits fondamentaux de l'homme. Par leur esprit matérialiste et égocentrique, les pays colonialistes nous ont montré d'une manière indiscutable, qu'un peuple doit se civiliser lui-même » par son élite, et ne jamais s'appuyer par une Administration Etrangère, sur un autre peuple qu'il croit plus avancé. La politique de notre élite a été toujours de croire au fair-play de l'Occidental après l'histoire des Bahutu-Batutsi, l'histoire du manque d'écoles, la disparition de Mutara III, cette même élite jure, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendra plus... c'est trop tard (...) ».10

Charte de fondation du Parti « Unar ».

5.« Doctrine du parti politique ''PARMEHUTU'' »

« Ce que le Parmehutu veut pour le pays, c'est une véritable union de tous les Ruandais sans aucune race n'en domine une autre comme c'est le cas aujourd'hui.

Tant que les conseils du pays, les chefs et les juges, les écoles supérieures et autres avantages bénéficieront à la seule race tutsi, le Parmehutu s'efforcera de remplacer tout cela par une pleine démocratie.

Cette démocratie devra embrasser les principes de gouvernement du pays, ses cours et tribunaux, ses propriétés foncières, ses établissements scolaires, la répartition des richesses tirées des impôts du Ruanda ; bref, la démocratie imprégnera toute la vie nationale ».11

Manifeste-Programme du Parmehutu.

6.« Doctrine du parti politique ''RADER'' »

« Le Rassemblement Démocratique Ruandais est un parti, ayant pour but la réalisation d'un ordre social, économique, politique et culturel, axé sur une démocratie authentique, à savoir le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple souverain.

Dans son action, le Rassemblement Démocratique Ruandais s'inspirera des principes à la base de la civilisation chrétienne. Il assurera la défense des intérêts de ses membres, l'unité nationale et l'essor de la patrie, en s'attachant tout spécialement à la promotion des économiquement faibles.

Dans la poursuite de ces buts, le parti s'attachera à garantir à tous les habitants du Ruanda, la liberté individuelle et toutes les libertés publiques, notamment l'égalité effective devant la loi, l'accès à toutes les fonctions publiques, le respect de la personne humaine et tous les autres droits reconnus par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et la Charte des Nations Unies (...) ».12

Manifeste du « RADER ».

7.Communiqué du Colonel Logiest, résident spécial

« (...) Beaucoup d'entre vous (...) sont venus nous dire, ou sont venus dire aux administrateurs : « Vous dites dans votre communiqué qu'il y a quatre partis principaux au Ruanda. Or jusqu'à présent le sous-chef (ou le chef, ou d'autres encore) nous a toujours dit qu'y il n'y avait qu'un parti, l'UNAR, et que tous les autres étaient des ennemis du Mwami, donc des ennemis du pays.

Et nous avons donc dû constater que c'était bien ainsi. Il y a parmi les autorités les plus importantes du Rwanda, des menteurs qui lancent de tels bruits pour tromper la population. Mais cela est faux évidemment, et ceux qui discutent cela sont des membres d'un parti qui emploient des moyens malhonnêtes pour essayer de faire triompher leur parti. Ce sont ces gens qui, ainsi que nous le disons dans le communiqué n° 6 emploient la terreur, l'intimidation et le mensonge pour l'emporter. Ces gens trompent la population et rendent un mauvais service à leur pays.

Je vous donne un exemple. Il y a un parti qui s'appelle Parmehutu ». Je vous en ai parlé en même temps que des autres partis dans le communiqué précédent. Quel est le programme de ce parti ? Il demande une démocratie véritable ; l'union réelle de tous les habitants du Ruanda et l'abolition de la domination d'une seule race ; un mwami constitutionnel aidant à instaurer la démocratie... Ce sont là quelques points de son programme, mais ils suffisent à montrer que ce parti n'est pas ennemi du Mwami et ne désire pas la ruine du Ruanda. Ils prouvent aussi combien les Banyarwanda ont été trompés par des gens qui avaient tout intérêt à ce que la population soit mal informée.

Aussi je termine en vous donnant un conseil : assistez tous aux réunions d'informations des agents de votre territoire ; posez-y des questions ; renseignez votre administrateur sur ce qui se passe. Ce sera le meilleur moyen pour vous d'être au courant et pour nous de répondre à vos questions, de connaître vos problèmes ».13

Kigali, ce 8 février 1960

Le Résident Spécial, Col. BEM Logiest.

Publiée par « La dépêche du Ruanda-Urundi », le 12 février 1960.

Composition du Gouvernement Provisoire

Le 26 octobre 1960

Premier Ministre : M. Grégoire Kayibanda.

Enseignement : M. Grégoire Kayibanda, assisté de M. Isidore Nzeyimana, secrétaire d'Etat.

Affaires intérieures : M. Jean-Baptiste Rwasibo, assisté de M. Charles Lees, secrétaire d'Etat.

Justice : M. Anastase Makuza, assisté de M. Fransiscus Ackerman, secrétaire d'Etat.

Affaires sociales : M. Hubert Bovy, assisté de M. Claver Ndahayo, secrétaire d'Etat.

Affaires techniques : M. Narcisse Sekerere, assisté de M. Marcel Holsters, secrétaire d'Etat.

Agriculture : M. Balthazar Bicamumpaka, assisté de M. Arthur Dubois, secrétaire d'Etat.

Affaires économiques : M. Joseph de Man assisté de M. Augustin Ndayambaje, secrétaire d'Etat.

Réfugiés : M. Thaddée Gatsimbanyi, assisté de M. Emmanuel de Jamblinne de Meux, secrétaire d'Etat.

Finances : M. Gaspard Cyimana, assisté de M. Jacques Dens, secrétaire d'Etat.

Trois personnalités sont désignées pour exercer des fonctions auprès de la Tutelle.

M. Dominique Mbonyumutwa est nommé secrétaire d'Administration à la Défense Nationale.

A.Otto Rusingizandekwe et Aloys Munyangaju sont nommés Secrétaires d'Administration pour les relations extérieures ».14

Conclusion

Les années 1960 - 1990 furent marquées par une situation d'instabilité politique dans la région des Grands-Lacs d'Afrique : d'une part, la « guerre civile » pour obtenir l'indépendance, qui continuait dans certains pays d'Afrique australe, aura des répercussions sur toute la sous-région ; d'autre part, diverses influences liées à la « guerre froide » viendront compliquer davantage la situation insurrectionnelle dans les pays récemment libérés du colonialisme - du moins officiellement ! - comme le Rwanda.

Ainsi, G. Kayibanda (d'abord premier ministre puis président de la République Rwandaise) aura les mains liées jusqu'en 1973 : il quittera le pouvoir, renversé au moyen d'un Coup-d'État militaire, et sera remplacé par J. Habyarimana.

La « guerre de pouvoir » reprendra en 1990, suite à une attaque venue de l'extérieur : Le Front Patriotique Rwandais, fondé par F. Rwigema, envahira le Rwanda à partir de l'Ouganda en octobre 1990. Ce fut le début d'une « descente aux enfers » qui s'est terminée par le génocide de 1994 au Rwanda.

1 Cf. SEBUNUMA D., Communautarisme et autochtonie : Du cas du Rwanda à l'universel, Umuzozo, Paris, 2013.

2VANDERLINDEN J., La république rwandaise, Paris, Éditions Berger-Levrault, 1970, pp. 20 – 25.

3Ibid.

4Ibid.

5Ibid., pp. 21 – 22.

6Ibid., pp. 23 – 24.

7In NKUNDABAGENZI F., Rwanda politique, p. 20-29, cité in HEREMANS R., Introduction à l'histoire du Rwanda, Kigali, Éditions Rwandaises, 1988., pp. 78 ; 80.

8In « Temps Nouveaux d'Afrique », 6 juillet 1958, et in NKUNDABAGENZI F., Rwanda Politique, cité in HEREMANS R., Introduction à l'histoire du Rwanda, op. cit., p.82.

9Ibid.

10In NKUNDABAGENZI F., Rwanda Politique, pp. 93 - 94, cité in HEREMANS R., Introduction à l'histoire du Rwanda, op. cit., p. 90.

11In NKUNDABAGENZI F., Rwanda Politique, pp. 113 - 114, cité in HEREMANS R., Introduction à l'histoire du Rwanda, op. cit., p. 92.

12In NKUNDABAGENZI F., Rwanda Politique, p. 127, cité in HEREMANS R., Introduction à l'histoire du Rwanda, op. cit., p. 90.

13In NKUNDABAGENZI F., Rwanda Politique, cité in HEREMANS R., Introduction à l'histoire du Rwanda, op. cit., p. 92 ; 94.

14In NKUNDABAGENZI F., Rwanda Politique, pp. 321 - 322, cité in HEREMANS R., Introduction à l'histoire du Rwanda, op. cit., p. 94.

Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


Synthèse

Commander

Le Jugement
de l'Histoire


Synthèse

Commander

Le génocide
au Rwanda


Synthèse

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Essai sur
l'autosuggestion


Synthèse

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Psychopathologie descriptive I
Essais
sur les violences collectives

Synthèse