ÉDITIONS UMUSOZO
Deuxième témoignage récent


Tout récemment, c'est un nouveau témoignage qui a réveillé mon souvenir sur l'affaire des « suspects » qui auraient été arrêtés par l'armée régulière concernant l'attentat du 06 avril 1994 au Rwanda :

J'avais appris que l'ancien Chef d'État-Major de l'armée rwandaise aurait déclaré, le 04 avril 1994, qu'il serait en possession d'informations précises concernant une éventuelle déstabilisation des institutions au Rwanda : « Nous avons des éléments irréfutables qui démontrent l'existence d'un projet d'assassiner le chef de l'État. Nous faisons tout pour empêcher toute tentative de déstabilisation des institutions. Cependant, si jamais il arrivait quoi que ce soit, le plan d'action se trouve dans ce carnet. C'est seulement à moi et à moi seul que chacun de vous devra s'adresser ».

J'ai essayé de remonter à la source, avec toutes les difficultés du monde, pour savoir si quelqu'un aurait des informations concernant ce fameux « carnet » du feu Chef d'État-Major de l'armée régulière au Rwanda en avril 1994. Car, même si ce dernier a été assassiné en compagnie du feu président J. Habyarimana, certains de ses collaborateurs - et/ou ses anciens gardes du corps - seraient encore en vie. Mais, je n'ai pas réussi à obtenir des pistes fiables.

Lors d'un entretien avec un témoin qui savait certaines choses concernant la haute sphère du pouvoir de l'époque au Rwanda, j'ai évoqué la déclaration du feu Chef d'État-Major ci-dessus cité et je l'ai interrogé pour savoir s'il aurait des informations concernant le fameux « carnet » :

Mon interlocuteur : « Je ne suis pas au courant de cette déclaration ni de l'existence de ce carnet. C'est peut-être le Capitaine (…) qui aurait pu vous éclairer là-dessus. Car, avant de se précipiter dans sa voiture pour se rendre à l'aéroport, le matin du 06 avril 1994, le Chef d'État-Major aurait remis un dossier personnel au Capitaine (…). Il le considérait comme son petit-frère ; ils avaient tous les deux combattu ensemble dans le Mutara au début de la guerre. Il lui disait souvent : « Vous êtes le deuxième soldat du Rwanda, après moi ! ».

J'ai demandé à Mon interlocuteur : où se trouverait ce Capitaine ?

Mon interlocuteur : « Il est mort ».

J'ai demandé : Il est mort au combat, en 1994 ?

Mon interlocuteur : « Mais, non ! Lui et tous ceux qui sont intervenus à l'aéroport de Kanombe le soir du 06 avril 1994 ont été assassinés. Enfin, presque tous, sauf les éléments de la Garde Présidentielle car, très peu de gens connaissaient leur identité ».

J'ai demandé : Ils ont été tués par qui, où et dans quelles conditions ?

Mon interlocuteur : « Un commando spécial les a assassinés, un par un ! Peut-être l'un ou l'autre se cacherait encore dans les forêts au Congo ! Mais, je n'en suis pas sûr. Par exemple, le Capitaine (...) a été tué très tard : comme c'était un tireur d'élite et responsable de toutes les opérations de pilonnage à l'arme lourde de l'armée régulière, il avait des gardes-du-corps en tout moment. C'est seulement pendant la débandade qu'il a été assassiné, près de la frontière entre la ville de Gisenyi et Goma au Zaïre ».

J'ai demandé : Selon vous, pourquoi tous ceux qui sont intervenus à l'aéroport de Kanombe le soir du 06 avril 1994 auraient-ils été assassinés ? J'ai ajouté : il doit exister nécessairement une raison.

Mon interlocuteur : « D'après certains témoignages, ils auraient arrêtés des « suspects », des Blancs paraît-il. Puis, ils les auraient conduits à l'État-Major au Camp Kigali. L'information est vraisemblable car, le camp militaire de la Garde Présidentielle a été attaqué quelques heures seulement après l'attentat de Kanombe : les assaillants cherchaient à obtenir la libération des « suspects » et soupçonnaient la Garde Présidentielle de les retenir à Kimihurura. Mais, apparemment, ils avaient été plutôt emmenés au Camp Kigali ».

J'ai demandé : D'après ce que vous savez, où seraient-ils passés ces « suspects » ? Que sont-ils devenus ?

Mon interlocuteur : « Ah ! Vous aussi ! Comme tous les civils, vous ne comprenez pas les situations de guerre ! Voici l'histoire : Au petit matin du 07 avril 1994, à la demande des autorités d'intérim, l'armée régulière a contacté le Premier Ministre Mme A. Uwiringiyimana pour qu'elle se rende à une réunion urgente au Camp Kigali. D'autres personnalités politiques y étaient aussi invitées. Le problème prioritaire de cette réunion, c'était le cas des « suspects » Blancs. Mais, Mme A. Uwiringiyimana aurait refusé de participer à cette réunion car, elle prétextait de ne pas pouvoir quitter son domicile à cause des combats qui avaient lieu tout autour de chez-elle. L'État-Major lui aurait proposé d'envoyer un escorte pour l'accompagner. Mais, comme elle ne faisait pas confiance à l'entourage de J. Habyarimana, elle aurait refusé d'être escortée par l'armée régulière. Par la suite, Mme A. Uwiringiyimana aurait proposé de se rendre au Camp Kigali à condition d'être sous la protection des Casques Bleus de la MINUAR (Mission des Nations-Unies au Rwanda, à l'époque des faits). L'État-Major aurait accepté sa proposition. La suite, vous la connaissez, non ? »

J'ai répondu : Non. La suite, je ne la connais pas. En 1994, je ne vivais pas au Rwanda.

Mon interlocuteur : « Mais, vous savez tout de même ce qui est arrivé à Mme A. Uwiringiyimana ? »

J'ai répondu : J'ai appris qu'elle a été assassinée. Mais, pas plus de détails sur cette histoire tragique. J'aimerais connaître les circonstances exactes, si c'est possible.

Mon interlocuteur : « Comme il y avait des combats partout, Mme A. Uwiringiyimana aurait avancé, sur plusieurs barrières des miliciens, qu'elle se rendait à la Radio Nationale pour s'adresser à toute la population. Mais, lorsqu'ils sont arrivés au Centre-ville, elle et les Casques Bleus qui l'accompagnaient, cet argument n'était plus possible à avancer ! Car, les barrières étaient sous le contrôle des militaires dont des officiers : ceux-ci savaient bien qu'elle n'avait pas besoin de se rendre à la radio pour diffuser un discours ».

J'ai réagi : Et selon vous, ce serait pour cette raison que Mme A. Uwiringiyimana et les Casques Bleus auraient été assassinés ?

Mon interlocuteur : « Bien sûr que non ! Il y avait sans doute d'autres raisons. Entre autres ces raisons, pour ma part, ce sont les circonstances de la mort de J. Habyarimana qui expliqueraient cet assassinat : quelques semaines avant le 06 avril 1994, au mois de mars si ma mémoire est bonne, Mme A. Uwiringiyimana avait prononcé un discours dans lequel elle invitait les Rwandais à faire une « révolution » pour renverser la dictature de J. Habyarimana. Vous comprenez, l'attentat du 06 avril 1994 n'arrangeait pas sa situation aux yeux de l'armée fidèle à J. Habyarimana ! Par ailleurs, quelques semaines juste avant le 06 avril 1994, des Casques Bleus Belges avaient régulièrement fait une « descente » dans les quartiers chauds de Kigali pour arrêter et humilier certains chefs des milices proches du pouvoir. Des informations circulaient selon lesquelles les militaires auraient voulu en découdre avec ce qu'ils appelaient l'« occupation coloniale »! C'est le président J. Habyarimana en personne qui serait intervenu pour calmer le jeu. Enfin, ce matin là, les Casques Bleus qui accompagnaient Mme A. Uwiringiyimana auraient commis une imprudence fatale : comme l'armée leur refusait le passage sur la barrière, certains d'entre eux seraient sortis de leur véhicule blindé pour essayer d'intimider, comme d'habitude, les « craintifs Hutu » ! Mais cette fois-ci, c'était des parachutistes aguerris et J. Habyarimana n'était plus là pour calmer le jeu ».

J'ai demandé : Si telles sont, selon vous, les circonstances de l'assassinat dont Mme A. Uwiringiyimana et son escorte auraient été victimes, que sont-ils devenus les « suspects » Blancs ?

Mon interlocuteur : « Torturés à mort. Dès que la nouvelle s'est répandue concernant l'assassinat de Mme A. Uwiringiyimana et les Casques Bleus, ce fut un tournant dans l'histoire du Rwanda. Les Casques Bleus étaient fous de rage suite à l'assassinat des leurs, tandis que l'armée régulière, en particulier la Garde Présidentielle, criait au « patriotisme » et dénonçait une « attaque » qui aurait été menée par des Casques Bleus contre les institutions du pays. Mais en réalité, il n'en était rien, ces Casques Bleus auraient été sollicités par Mme A. Uwiringiyimana ».

J'ai demandé : Dans ces conditions, que sont devenus les corps de ces « suspects Blancs » ?

Mon interlocuteur : « Leur sort a été lié à celui des six Casques Bleus assassinés le matin du 07 avril 1994 ».

Immédiatement, j'ai réagi : Vous avez dit « six Casques Bleus » ?

Mon interlocuteur : « Oui ».

J'ai ajouté : Mais, nous savions plutôt qu'il y a eu dix Casques Bleus assassinés le 07 avril 1994 au Rwanda.

Mon interlocuteur : « Ah ! Ah ! Voilà ce qui est amusant ! Vous croyez aussi à cette fable ? Il y a eu cinq ou six Casques Bleus assassinés en compagnie de Mme A. Uwiringiyimana. Pas un de plus. Surtout, ceux qui étaient sortis de leur véhicule. Les autres ont pris la fuite, poursuivis par la foule ivre de rage et armée de machettes ! Ce fut une scène pitoyable. Par la suite, les cinq ou six corps des Casques Bleus ont été remis à leur commandement ».

J'ai réagi : Alors, d'où vient-il le chiffre des dix Casques Bleus assassinés le 07 avril 1994 à Kigali ?

Mon interlocuteur : « Aux cinq ou six corps des Casques Bleus, il faut ajouter les corps des « suspects » Blancs. Voilà la grande affaire, voilà pourquoi tous les témoins ont été assassinés, d'autres réduits au silence jusqu'à nos jours ».

J'ai demandé : Étant donné que les corps ont été officiellement remis à la Belgique, voulez-vous dire que ces « suspects » seraient-ils aussi de nationalité belge ?

Mon interlocuteur : « Mais, non ! Vous ne connaissez rien en matière de guerre et de diplomatie ! Dès la nuit du 06 au 07 avril 1994, des combats intenses opposaient l'armée régulière aux éléments du Front Patriotique Rwandais appuyés par des Casques Bleus. Cela est connu de tous car, tous les habitants de Kigali ont assisté à différents accrochages. Par ailleurs, le 07 avril 1994 ou le lendemain, la Garde Présidentielle a investi le quartier général des Casques Bleus au Conseil National pour le Développement (CND). Selon plusieurs témoins, il y aurait eu des morts et des blessés dans chaque camp. C'est suite à cette attaque et aux combats en corps à corps, jusqu'aux derniers étages du CND, que les Casques Bleus Belges ont décidé d'évacuer les lieux pour aller s'installer à l'École Technique Officielle de Kicukiro. Donc, vous comprenez l'origine des « dix Casques Bleus » assassinés : le massacre des Casques Bleus du 07 avril 1994 aura couvert tous les autres cas de Casques Bleus qui auraient été tués dans les combats acharnés contre l'armée régulière. Mais, officiellement, personne ne peut l'admettre. Voilà l'histoire ».

Je commençais à ranger mes papiers pour partir et, Mon interlocuteur m'interpella :

Mon interlocuteur : « Après tout, les Casques Bleus ne sont pas les seuls soldats étrangers à avoir été assassinés. D'autres soldats étrangers ont été assassinés, y compris même des Français ».

J'ai demandé : Le même jour, le 07 avril 1994 ?

Mon interlocuteur : « La veille, le 06 avril 1994, juste après l'attentat contre l'avion présidentiel, deux soldats français connus de tous ont été assassinés ».

J'ai demandé : Qui étaient-ils ? Que faisaient-ils à l'aéroport selon vous ? Et qui les aurait assassinés ?

Mon interlocuteur : « Eux aussi, ils s'occupaient de l'avion présidentiel. Mais ce jour là, ils n'étaient pas partis à Dar es-Salaam. Pour certains témoignages, ces deux soldats français auraient été soupçonnés par certains fidèles à J. Habyarimana d'avoir participé à la planification de l'attentat du 06 avril 1994. Pour cela, ils auraient été immédiatement assassinés à l'aéroport après l'attentat. Pour d'autres commentateurs, ils auraient plutôt élevé la voix pour exiger une enquête immédiate : troublés par la mort de leurs trois collègues pilotes, ils auraient commencé à accuser leur hiérarchie d'incompétence compte tenu du drame qu'ils n'auraient pas su empêcher. Dans ce contexte, ils auraient été considérés comme des « témoins gênants » et auraient été assassinés ».

J'ai demandé : Par qui ?

Mon interlocuteur : « Par les leurs, selon certains commentaires qui circulaient à l'époque. De plus, il existe une autre piste : peut-être faisaient-ils partie des dits « suspects » qui auraient été capturés aux abords de l'aéroport de Kanombe et qui auraient été détenus dans la nuit du 06 au 07 avril 1994 au Quartier Général de l'État-Major au Camp Kigali. Qui sait ? D'ailleurs, sur ce point précis, auriez-vous déjà entendu parler d'une quelconque enquête visant à clarifier les circonstances de l'assassinat de ces deux soldats français ? C'est le silence total depuis plus de 20 ans ! Le grand public n'est même pas au courant qu'il y a eu deux autres soldats français assassinés, en plus des trois membres de l'équipage de l'avion présidentiel ! Moi j'ai un point de vue clair là-dessus : quelle que soit la thèse avancée concernant la mort de ces deux soldats français juste après l'attentat du 06 avril 1994, l'assassinat dont ils ont été victimes est incontestablement lié à ce même attentat. Ce qui expliquerait le silence qui entoure leur disparition : silence de la part des Français eux-mêmes, mais aussi, silence du côté de l'Armée Rwandaise de l'époque et de la MINUAR (Mission des Nations-Unies au Rwanda, en 1994) ».

J'ai posé la question suivante à mon interlocuteur : Étant donné ce que vous me décrivez, comment expliqueriez-vous le fait que les militaires français aient finalement soutenu le Gouvernement Intérimaire pendant la période du génocide au Rwanda en 1994 ?

Mon interlocuteur : « C'est une question pertinente. En ce qui me concerne, je me limiterais aux deux premiers jours de la crise, à savoir les 06 et 07 avril 1994. Je vous rappelle que le Gouvernement Intérimaire a été installé le 09 avril 1994, si ma mémoire est bonne. Pour cela, il s'est sans doute passé quelque chose qui m'échappe après le 07 avril 1994. Sur ce point précis concernant la tension entre les militaires de l'Armée Rwandaise et les militaires français, je voudrais souligner un événement qui servirait de preuve : juste après l'attentat du 06 avril 1994, tous les militaires français présents au Rwanda et ceux qui sont intervenus dans la nuit en provenance de l'extérieur, tous ces militaires se sont regroupés essentiellement chez Mme la veuve du feu président J. Habyarimana. L'alibi selon laquelle ce geste aurait consisté à « protéger » la famille du feu président J. Habyarimana ne tient pas la route. La réalité c'est que seule Mme la veuve du feu président J. Habyarimana était en mesure de les protéger. Car elle, et elle seule, pouvait contenir la colère de la Garde Présidentielle. Sinon, il y aurait eu d'autres règlements de compte ».

Troisième témoignage récent

Afin d'obtenir des éclaircissements sur ce qui « échappait » au témoin que j'ai précédemment cité au sujet de l'attitude ambiguë des militaires français vis-à-vis du pouvoir des Hutu au début du génocide au Rwanda en 1994, j'ai interrogé plusieurs personnalités parmi ceux qui appartenaient au « cercle du pouvoir » à Kigali. Selon l'avis de tous, comme l'avait clairement souligné le témoin ci-dessus cité, il s'est passé beaucoup de choses dans la nuit du 06 au 07 avril 1994 : le témoignage suivant le prouve :

« Le président Mobutu a passé toute la nuit (du 06 au 07 avril 1994) au téléphone : il exigeait que Monsieur C. Bizimungu devienne président ad intérim, en attendant la mise en place du gouvernement de transition conformément aux Accords d'Arusha. Mais, les représentants de la communauté internationale à Kigali et une partie de l'opposition étaient hostiles à cette proposition. Je vous rappelle que le 04 avril 1994, le feu président J. Habyarimana avait rendu visite à son homologue Mobutu. Compte tenu de la situation, J. Habyarimana aurait-il donné des consignes à ce dernier, « au cas où » ? C'est possible. Car, le président Mobutu a été intransigeant sur sa proposition : le futur président ad intérim c'était C. Bizimungu et personne d'autre. Il le connaissait très bien car, au début de la guerre civile en 1994, C. Bizimungu était ministre des affaires étrangères et il avait géré le dossier de l'intervention militaire des forces étrangères au Rwanda, en particulier l'intervention des militaires zaïrois. Dès que la proposition de Mobutu a été rejetée, celui-ci se serait définitivement retiré du dossier rwandais. Selon plusieurs sources, si sa proposition avait été acceptée, le président Mobutu s'engageait à fournir les troupes nécessaires pour protéger la capitale rwandaise et assurer le processus de transition conformément aux Accords d'Arusha. Ainsi, avec le recul, nous comprenons pourquoi sa proposition a été rejetée : elle gênait les intérêts de beaucoup de monde ! ».

J'ai interrogé mon interlocuteur sur ce qui s'est passé lorsque l'armée rwandaise a appris le retrait du président Mobutu du dossier rwandais. Voici la réponse du témoin :

« Le matin du 07 avril 1994, dès que l'armée régulière a appris que le Zaïre se retirait diplomatiquement et militairement des affaires du Rwanda, c'était la désolation. En particulier, la Garde Présidentielle est devenue agressive : cette unité d'élite avait gardé son calme malgré les attaques dont elle avait été la cible dès 2h00 du matin. Permettez-moi de signaler que beaucoup d'éléments de la Garde Présidentielle de J. Habyarimana suivaient des entraînements au sein de la Division Spéciale Présidentielle (DSP) de Mobutu. Ils avaient donc beaucoup d'affinités avec le Zaïre. Par ailleurs, le Zaïre était jusque là le seul pays à vouloir s'engager militairement au Rwanda pour aider le pouvoir des Hutu. Pour toutes ces raisons, dès que la proposition de Mobutu a été rejetée, ce fut un coup de tonnerre pour l'armée fidèle au feu président J. Habyarimana. Pour ma part, c'est après le retrait de Mobutu, le matin du 07 avril 1994, que les massacres génocidaires ont effectivement commencé. Car, avant ce retrait, l'armée régulière comptait sur l'aide du Zaïre pour défendre le pays et les institutions ».

J'ai posé la question de savoir comment la classe politique rwandaise a accueilli la décision du président Mobutu :

Mon interlocuteur : « C'était le chaos total : la figure emblématique de l'opposition, Monsieur F. Twagiramungu, était introuvable ! Selon certaines sources, les Hutu auraient retardé la nomination du Gouvernement Intérimaire pour deux raisons principales : d'une part, après l'assassinat de Mme A. Uwiringiyimana et le fait que Monsieur F. Twagiramungu était introuvable, il était difficile de réunir toute la classe politique pour organiser la mise en place d'un nouveau gouvernement. D'autre part, la communauté internationale refusait de cautionner un gouvernement dans lequel le Front Patriotique Rwandais ne serait pas représenté. Or, ce mouvement armé avait repris les armes dès les premières minutes qui ont suivi l'attentat contre l'avion présidentiel le soir du 06 avril 1994 ! Cela signifiait que le Front Patriotique Rwandais désirait tout simplement prendre le pouvoir par les armes ».

J'ai voulu savoir comment le Gouvernement Intérimaire a finalement été installé :

Mon interlocuteur : « C'est la conséquence du double jeu de la communauté internationale dans la survenue du génocide au Rwanda en 1994 : il faut reconnaître que le retrait du président Mobutu a certes inquiété le cercle rapproché du feu président J. Habyarimana mais, ce même retrait a fait les affaires d'une partie de l'opposition qui rêvait de prendre sa revanche sur la dictature en fin de course : certains leaders politiques du sud du pays, surtout ceux qui avaient été victimes du coup d'État de 1973, ont saisi cette occasion pour prendre le pouvoir. Dans cette démarche, ils ont été aidés par les représentants de la communauté internationale à Kigali. Une fois la proposition du président Mobutu rejetée, certains représentants des pays occidentaux et de la MINUAR se sont rapprochés de l'opposition pour former un Gouvernement Intérimaire. Afin de faciliter les choses, ce Gouvernement aurait même prêté serment dans une ambassade occidentale à Kigali ! Vous comprenez vous-même la situation. Inutile d'expliquer que certains Occidentaux se sont engagés aux côtés de ce Gouvernement afin de chasser définitivement du pouvoir les proches du feu président J. Habyarimana. Pour cela, la conséquence a été directe : désormais, les soldats fidèles à la mémoire de J. Habyarimana ont vécu cela comme une trahison et n'ont jamais obéi aux ordres d'un gouvernement qui leur avait été imposé. La Garde Présidentielle, par exemple, est devenue totalement autonome et ne rendait compte à personne de ses opérations ».

3. Observations complémentaires de notre part

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur les différents témoignages ci-dessus présentés. Seulement, dans la limite de notre modeste réflexion actuelle, nous allons faire un bref commentaire complémentaire à partir du dernier paragraphe du récit de Human Rights Watch que nous avons déjà cité :

« Certains éléments indiquent que Bagosora et d'autres militaires s'attendaient peu-être à ce que quelque chose se passe au retour de Habyarimana. Selon un témoin, Bagosora, qui avait quitté Kigali le 30 ou le 31 mars pour des vacances, rentra précipitamment le 4 avril. Plusieurs témoins affirment que les soldats de la Garde présidentielle avaient dressé des barricades et qu'ils patrouillaient dans le quartier où résidaient les ministres et d'autres dirigeants du MRND peu de temps avant, ou juste après que l'avion ait été abattu. Immédiatement, après l'accident, des tirs sporadiques éclatèrent à proximité du camp de Kanombe où était cantonnée la Garde présidentielle (...) »1.

Tous les éléments qui ont été présentés par Human Rights Watch dans leur ouvrage qui nous sert de référence se recoupent avec les récits des Rwandais eux-mêmes et avec ceux des observateurs étrangers qui ont été témoins des événements du génocide au Rwanda. Cependant, le problème qui subsiste, c'est celui de l'interprétation qui pourrait être faite a posteriori à partir des faits historiques. Par exemple, à partir de l'extrait ci-dessus exposé, tel ou tel lecteur pourrait supposer que les proches du feu président J. Habyarimana seraient soupçonnés d'avoir planifié et/ou participé au projet de l'attentat du 06 avril 1994. En effet, comme nous l'avons déjà vu, cette hypothèse fait partie des thèses avancées par certains « spécialistes » pour justifier que ledit attentat serait un coup d'État en vue de commettre un génocide.

Compte tenu des conséquences de l'attentat du 06 avril 1994, toutes les hypothèses sont légitimes pour essayer d'établir les responsabilités de la survenue du génocide au Rwanda. Néanmoins, le seul fait d'avoir observé des comportements particuliers, avant ou juste après l'attentat en question, cela ne devrait pas écarter la prise en compte d'autres éléments. Sans oublier la nécessité de poursuivre l'analyse d'autres pistes possibles concernant l'attentat lui-même et la planification du génocide qui a coûté la vie à plus de 2 000 000 de Rwandais depuis 1994 à ce jour.

Que certains Hutu et dirigeants de la haute sphère du pouvoir aient soupçonné l'imminence d'un attentat contre le feu président rwandais J. Habyarimana, cela n'est plus un secret pour personne. D'ailleurs, avant le 06 avril 1994, les proches du pouvoir en avaient eux-mêmes témoigné :

- Suite à la mort de F. Rwigema en octobre 1990, chef historique du Front Patriotique Rwandais dans des conditions mystérieuses, les Hutu au pouvoir ont très vite compris que la guerre civile à laquelle ils faisaient face était d'une toute autre nature : en effet, immédiatement après la mort de F. Rwigema, la rébellion s'est restructurée, a obtenu divers soutiens matériels et diplomatiques non seulement dans la sous-région mais aussi sur le plan international ! Bref, J. Habyarimana et ses proches ont immédiatement compris que c'était le début de la fin du règne. En témoigne les différents massacres de populations civiles qui suivaient chaque attaque sanglante de la rébellion.

- Le deuxième indice de l'inquiétude et de la méfiance des Hutu se situe à l'époque du premier Congrès du parti politique MDR - Mouvement Démocratique Républicain - (octobre 1992) : comme je l'ai développé dans mes travaux de recherche déjà publiés, ce Congrès aura été marqué par des divisions entre les partisans de l'idéologie traditionnelle de l'émancipation des Hutu et les adeptes du changement radical, quelles que soit les alliances de circonstance à établir - y compris avec la rébellion du Front Patriotique Rwandais. Suite à ces divisions, quelques jours seulement après ce premier Congrès du MDR, le feu président J. Habyarimana a prononcé un discours belliqueux à Ruhengeri : ce discours est resté dans les mémoires jusqu'au aujourd'hui !

- Au printemps 1993, un leader important du parti politique MDR, E. Gapyisi, fut assassiné en rentrant chez-lui. Cet assassinat fut interprété par les Hutu au pouvoir, mais aussi part d'autres observateurs indépendants, comme un assassinat politique. En effet, E. Gapyisi prônait une ligne intransigeante de « ni J. Habyarimana, ni le Front Patriotique Rwandais ». Dans les différents témoignages que j'ai pu recueillir dans le cadre de mes recherches sur le Rwanda, j'ai découvert que la ligne politique de E. Gapyisi avait des adeptes jusqu'au sommet de l'État !

- En octobre 1993, le président burundais démocratiquement élu, M. Ndadaye, fut assassiné lors d'un coup d'État militaire. Or, celui-ci avait vécu au Rwanda avec le statut de réfugié politique. Puis, en août 1993, c'est lui qui avait prononcé un discours historique lors de la signature des Accords d'Arusha entre le président rwandais J. Habyarimana et le président du Front Patriotique Rwandais A. Kanyarengwe. Certains Rwandais l'affirment publiquement jusqu'à la date d'aujourd'hui : l'assassinat du président M. Ndadaye serait, selon ces différents témoignages, une des étapes criminelles qui conduisaient à l'assassinat de J. Habyarimana et à l'embrasement de toute la région.

- Quelques semaines seulement avant l'attentat du 06 avril 1994, un autre leader politique très populaire au Rwanda, F. Gatabazi - président du PSD Parti Social Démocrate -, fut assassiné en rentrant chez-lui. Selon certaines sources, il venait de participer à une « réunion » dans un hôtel à Kigali : compte tenu des événements tragiques qui allaient suivre quelques semaines après, certains observateurs se demandent quelle était la nature de cette « réunion ». Quant à l'assassinat de F. Gatabazi, différents témoins considèrent que ce crime est étroitement lié à l'attentat du 06 avril 1994. Que cela soit vrai ou non, ce qui est indiscutable, c'est que tous ces assassinats de leaders politiques Hutu ont influencé le passage à l'acte des foules après le 06 avril 1994 : l'attentat contre J. Habyarimana aura été une humiliation de trop !

- Le 04 avril 1994, le président rwandais J. Habyarimana s'est rendu chez son voisin et confident, le feu président Mobutu de l'ex-Zaïre. Selon différents témoignages d'anciens fidèles du régime de Mobutu, le président J. Habyarimana aurait présenté au président Mobutu des « preuves » concernant l'existence d'un projet d'assassinat contre lui. D'ailleurs, comme nous l'avons déjà vu, dans la nuit du 06 au 07 avril 1994, le président Mobutu aurait essayé de s'impliquer directement afin de sécuriser la capitale rwandaise. Pour cela, il aurait proposé le nom de C. Bizimungu comme président ad intérim. Dès que sa proposition fut rejetée par les représentants de la communauté internationale au Rwanda et par une partie de l'opposition politique, le 07 avril 1994 au matin, le président Mobutu se serait retiré définitivement du dossier rwandais.

- Le 04 avril 1994, comme je l'ai déjà publié dans mes travaux de recherche précédents, le Chef de l'État-Major de l'armée rwandaise de l'époque, le Général-Major D. Nsabimana, aurait fait une déclaration selon laquelle il détiendrait des preuves irréfutables d'un projet visant à déstabiliser les institutions du Rwanda.

- Le matin du 06 avril 1994, le chef de l'État-Major de l'armée rwandaise a reçu un appel téléphonique et, immédiatement, il s'est précipité dans sa voiture pour se rendre à l'aéroport : pourtant, selon plusieurs sources, il n'était pas sur la liste de la délégation qui devait accompagner le président à la Conférence de Dar es-Salaam. A son arrivée au pied de l'avion, le président J. Habyarimana lui aurait demandé « Wowe se kandi uje ute ? » (« Toi, qu'est-ce qui t'amène » ?) Le Chef de l'État-Major aurait répondu en s'approchant du président pour murmurer dans son oreille. Les derniers mots auraient été : « (…) ku mpamvu z'umutekano wa gisirikare » (« … pour des raisons de sécurité militaire »). J. Habyarimana aurait répondu, en montrant la porte de l'avion et apparemment étonné : « Ngaho urira » ! (« Vas-y, monte »!)2.

Sans pour autant prétendre connaître la « Vérité » de ce qui s'est réellement passé, les éléments ci-dessus présentés démontrent que presque tous les hauts responsables Hutu s'attendaient à un événement tragique.

Pourquoi autant d'inquiétude le 06 avril 1994 à Kigali ? Parce que les dirigeants Hutu avaient nécessairement des informations sur un éventuel attentat contre J. Habyarimana. Le seul détail qui leur échappait, ce fut le mode opératoire. Sur ce point précis, un ancien proche du régime m'a confié ceci : « toutes les hypothèses avaient été envisagées, sauf une : l'avion. Personne n'aurait jamais imaginé un attentat contre l'avion présidentiel ».

Après l'attentat du 06 avril 1994 et la survenue du génocide au Rwanda, étant donné que ceux qui détenaient les informations et les preuves de cet attentat n'étaient pas nombreux, ils auraient tout simplement monnayé leur silence contre la protection et la sécurité : soit pour eux-mêmes, soit pour leurs familles. D'autres pourraient se taire, tout simplement, pour des raisons de la peur pour leur vie et celle des leurs. Car, d'après les témoignages que j'ai pu recueillir et dont j'ai publié le contenu dans mes travaux précédents, il existe des témoins bien informés sur ce qui s'est véritablement passé dans la nuit du 06 au 07 avril 1994 à Kigali3.

Comme nous l'avons déjà exposé dans les paragraphes précédents, il existe des pistes intéressantes pour connaître enfin la vérité sur l'attentat du 06 avril 1994 et les circonstances de la survenue du génocide au Rwanda :

Étant donné que la France réclame au Rwanda un « courrier » de doléances concernant les griefs qui lui sont reprochés par les Rwandais, que les responsables de l'État français commencent par éclaircir tous les points obscurs qui ont été soulevés par Human Rights Watch au sujet dudit attentat du 06 avril 1994 : ce sera déjà un bon début d'explication pour tous ceux qui sont impliqués, de près ou de loin, dans la survenue du génocide au Rwanda en 1994.

Pour conclure ce chapitre, compte tenu des éléments à notre disposition, l'accusation selon laquelle le Front Patriotique Rwandais n'aurait pas voulu « protéger les Tutsi » est aussi très discutable : personnellement, j'ai l'intime conviction que ce mouvement armé n'en avait pas les moyens ! Certes, le Front Patriotique Rwandais était bien équipé - pour une rébellion ! -, ses combattants étaient bien entraînés et très motivés. Seulement, en face, il y avait aussi une armée bien entraînée et très motivée : la Garde Présidentielle de J. Habyarimana et les paracommandos, par exemple, c'étaient aussi des soldats très bien entraînés et suffisamment motivés. Ce qui a fait la différence, c'est l'embargo sur les armes qui pesait sur le camp des Hutu. Il ne faudrait pas confondre « être sous-équipé » et « être mal entraîné » ! C'est souvent l'erreur qui est commise par certains Occidentaux lorsqu'il s'agit d'évaluer telle ou telle armée africaine. D'ailleurs, ceux qui sont allés « chercher » l'armée rwandaise régulière de l'époque ont été très surpris : en particulier par la Garde Présidentielle de J. Habyarimana !

Pour cela, de mon point de vue, le Front Patriotique Rwandais a tout simplement attendu que le camp d'en face soit à court de munitions pour s'emparer du pouvoir.

Quant au mythe de la toute-puissance des chefs du Front Patriotique Rwandais, j'ai aussi une opinion personnelle là-dessus : les qualités - sans doute réelles - de P. Kagame ont été surdimensionnées pour le pousser à prendre le pouvoir ! La même histoire s'est déjà répétée plusieurs fois en Afrique : Mobutu a été élevé au rang de « héros » pour se débarrasser de Lumumba et, il existe d'autres histoires similaires ! Il suffit d'ouvrir les yeux pour constater la réalité.

Concernant les événements liés à la survenue du génocide au Rwanda, au sujet du « mythe » qui entoure la toute-puissance supposée du Front Patriotique Rwandais, l'Occident devait justifier son choix entre les « bons » et les « méchants » ! Ainsi, dans les milieux politiques, diplomatiques, scientifiques, artistiques, etc., personne n'aurait jamais été au courant des combats qui opposaient l'armée régulière de l'époque aux éléments du Front Patriotique Rwandais appuyés par des troupes étrangères. Non, non ! Personne n'est au courant de cette réalité historique ! D'ailleurs, dans certains articles de journaux, dans certaines productions cinématographiques, voire même dans certaines productions artistiques et littéraires, l'image du peuple rwandais et de son armée régulière de l'époque c'est celle de « tous génocidaires » et incompétents ! Autrement dit, les 8 000 000 d'habitants au Rwanda en 1994 seraient tous des « méchants », des incompétents, etc. ? Soyons sérieux ! Et dans ces conditions, ceux qui ont risqué leur vie en sauvant d'autres vies humaines, ce seraient-ils ces étrangers qui appuyaient militairement et diplomatiquement la rébellion de l'époque pour qu'elle prenne le pouvoir à tout prix, même s'il fallait enjamber un million de cadavres pour s'emparer du trône ? Eh bien, non ! Ce ne sont pas des étrangers, ce sont des Rwandais eux-mêmes, une partie du peuple rwandais qui a sauvé les 99% de rescapés du génocide au Rwanda. Le 1% des rescapés, ce sont ceux qui ont réussi à se cacher par leurs propres moyens.

Chapitre III. DE LA MAJORITÉ DES FAUSSAIRES

A la fin des années 60, le Rwanda traversait une période politique très difficile. Interrogé par un journaliste au sujet des attaques de la « majorité » de ses opposants politiques, un haut dirigeant rwandais répondit :

« Ubwinshi bw'abanyamafuti ntibubuza ikinyoma kuba ikosa cyangwa icyaha » (« La majorité des faussaires n'empêche pas l'usage de faux de constituer un délit ou un crime »).

Première observation préliminaire

Au sujet de différentes affaires dont nous présentons les justificatifs dans la partie annexe de cet ouvrage, il conviendrait de préciser que toutes les autorités administratives et judiciaires compétentes en France ont été régulièrement informées : le Parquet de Nanterre et le Parquet Général de Versailles dont il dépend ; le Tribunal de Grande Instance de Nanterre et la Cour d'Appel de Versailles dont il dépend ; le Parquet de Paris et le Parquet Général de Paris dont il dépend ; le Tribunal de Grande Instance de Paris et la Cour d'Appel de Paris dont il dépend ; la Cour de Cassation et son Parquet Général. Puis, certains Tribunaux d'Instance ont traité telle ou telle affaire directement liée au même dossier initial : le Tribunal d'Instance de Paris 9ème Arrondissement ; le Tribunal d'Instance de Paris 11ème Arrondissement ; le Tribunal d'Instance de Paris 13ème Arrondissement.

En ce qui concerne les autorités administratives de l'État français, la Préfecture des Hauts-de-Seine a été informée ; le Ministère de l'Intérieur a été informé ; le Ministère de la Justice a été informé plusieurs fois ; le Cabinet du Premier Ministre a été informé plusieurs fois ; le Défenseur des Droits au nom de l'État français a été saisi ; j'ai un courrier détaillé à Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale ; j'ai transmis tout le dossier au complet à la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

A tous les représentants de l'État français, j'ai précisé que toutes ces affaires en cours seront rendues publiques : car, il n'y aura plus un autre génocide gratuit en silence contre nous Rwandais, quelle que soit la complexité des méthodes d'extermination utilisées par nos bourreaux.

Pour toutes ces raisons, personne ne pourra plus prétendre n'avoir été au courant de rien !

Deuxième observation préliminaire

Dans nos travaux de recherche, lorsque nous parlons des responsabilités de tel ou tel État, il ne s'agit pas de tout son peuple qui est concerné par nos observations. Au Rwanda, en France ou dans un autre pays, le citoyen modeste ignore complètement ce qui se passe au sein de la haute sphère du pouvoir ! D'ailleurs, cette ignorance des responsabilités étatiques ne se limite pas aux seules affaires diplomatiques et/ou internationales : elle concerne aussi, dans une moindre mesure, les affaires intérieures ou locales. Pour cette raison, nous invitons nos futurs lecteurs à ne pas attribuer les actes que nous dénonçons à tout un peuple mais plutôt aux seuls responsables qui sont clairement identifiables. Néanmoins, étant donné que certains auteurs d'actes que nous dénonçons occupent des fonctions administratives de l'État, il va de soi que leurs actes engagent directement le même État qu'ils représentent, et donc, le peuple !

Il semblerait que nous Rwandais, depuis le génocide au Rwanda de 1994, accuserions la France sans preuves ni fondement. Pour éviter toute polémique et tout malentendu - même s'il y en aura toujours, malgré les preuves irréfutables à l'appui de nos observations !-, dans la partie annexe de cet ouvrage, nous présenterons différentes pièces à conviction afin que le lecteur puisse apprécier par lui-même la situation : il s'agit essentiellement des documents qui ont été établis et signés par nos bourreaux, dans le cadre d'une campagne de chasse à l'homme dont le but est celui de nuire à ma personne et à mes intérêts professionnels. Comme ce sont des documents qu'ils ont eux-mêmes produits, ils en assument de facto l'entière responsabilité devant l'Histoire.

1. Génocide et sociocide

« Les différentes figures de la mort, le meurtre, l'assassinat, la disparition, à l'échelle d'un génocide (il faudrait dire aussi un sociocide), ne peuvent être traitées par la psyché comme un deuil normal. Elles concernent aussi l'espèce, les rapports généalogiques, les ensembles transsubjectifs, c'est-à-dire les fondements narcissiques de la continuité de la vie même »4.

La guerre sémantique

Comme nous l'avons déjà développé dans les chapitres précédents, depuis le génocide au Rwanda, la question qui revient dans tous les débats est celle de désigner l'auteur de l'attentat du 06 avril 1994 et d'établir les responsabilités concernant la survenue du même génocide. Jusqu'à la date d'aujourd'hui en 2015, seuls quelques responsables rwandais de l'époque ont répondu de leurs actes. Certains d'entre eux ont été condamnés par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda. Néanmoins, d'autres auteurs d'actes génocidaires au Rwanda n'ont jamais été inquiétés par la Justice : certains membres du Front Patriotique Rwandais, certains ressortissants étrangers et, plus particulièrement, des Français qui combattaient sous les ordres du Gouvernement Intérimaire - dont le Premier Ministre J. Kambanda a publiquement plaidé « coupable » devant le Tribunal International pour le Rwanda.

Pour faire diversion, conformément à la guerre médiatique qui a été immédiatement engagée après le génocide au Rwanda, l'affaire a été tranchée : ce n'est plus le « génocide au Rwanda », il s'agirait plutôt d'un « génocide rwandais » ! Cela pour signifier que des étrangers n'y auraient jamais participé. Du côté politique, militaire et diplomatique, l'affaire est beaucoup plus compliquée :

Jusqu'à ce jour, aucun pays étranger n'a jamais reconnu sa responsabilité dans la survenue du génocide au Rwanda en 1994. Pour la France, par exemple, le débat est devenu tout simplement une véritable « guerre sémantique » : cela ne fait qu'ajouter du flou à une situation qui est déjà compliquée !

En effet, dès la fin du génocide en 1994, certains représentants politiques et médiatiques en France - voire même certains chercheurs - ont parlé de simples « dysfonctionnements » au sein des services de l'État pour réfuter la responsabilité directe de la France dans la survenue du génocide au Rwanda. Par la suite, le vocabulaire a changé : la France aurait commis des « erreurs » tout simplement, mais pas de responsabilité ni de faute ! Enfin, le vocabulaire a évolué à nouveau : ce ne sont plus des « erreurs », il s'agirait désormais d'« aveuglement » :

Le 07 avril 2015, jour de commémoration du début du génocide au Rwanda en 1994, la France aurait « déclassifié » une partie des dossiers relatifs à sa diplomatie au Rwanda, de 1990 à 1995. Cela, selon l'information qui a été largement diffusée par les médias, pour faciliter le travail des chercheurs sur la mémoire de l'histoire récente du Rwanda. Cette décision a été suivie par différents commentaires parmi les responsables français et rwandais. Je voudrais revenir sur la déclaration de l'un des responsables politiques français à propos de cette décision de déclassifier certains dossiers relatifs à la diplomatie de la France au Rwanda :

Selon ce responsable politique français, c'est une bonne chose de déclassifier les dossiers relatifs à la diplomatie de la France au Rwanda : cela permettra de savoir ce qui s'est véritablement passé pendant le génocide au Rwanda en 1994, a -t-il ajouté. Mais, dans la suite de sa déclaration, ce responsable français est tombé immédiatement dans le déni habituel :

Ni la France, ni des Français n'ont jamais « participé au génocide », a-t-il poursuivi. Seulement, a-t-il ajouté, certains dirigeants français « ont été aveuglés » par le « régime génocidaire » de J. Habyarimana et, selon lui, ces dirigeants français ne se seraient pas rendus compte que ce régime préparait un génocide à cause de leur « aveuglement » !

Compte tenu des informations dont nous disposons aujourd'hui, au sujet de la présence des soldats français au Rwanda pendant la période du génocide de 1994, au cas où certains responsables français auraient été « aveuglés » par le régime de J. Habyarimana, le constat historique est clair : les dirigeants rwandais de l'époque, eux, devaient avoir des yeux bandés pour se faire rouler dans la farine sans s'en rendre compte ! Le paragraphe suivant apporte une partie d'éclaircissement sur ce point :

De la supercherie génocidaire

Répondant à une question insistante d'un journaliste sur une radio publique en France, un ancien haut responsable politique français a avoué que des Français combattaient sous les ordres du Gouvernement Intérimaire au Rwanda, pendant la période du génocide : du mois d'avril au mois de juillet 1994. Cependant, selon cet ancien haut responsable, ces combattants français pendant le génocide au Rwanda auraient été recrutés par les autorités rwandaises dans le cadre d'un « contrat privé » ! Or, parmi les noms de ces « mercenaires » supposés, on y trouve des militaires français qui avaient été envoyés au Rwanda, avant le 06 avril 1994, dans le cadre de différentes interventions militaires de la France pour soutenir le régime de J. Habyarimana suite aux attaques du Front Patriotique Rwandais. Ainsi, avant le 06 avril 1994, certains militaires français intervenaient au Rwanda au nom de la France et, après cette date, ils seraient intervenus en tant que « société privée » ! Bien entendu, nous allons croire à cette supercherie car, personne ne peut remettre en cause la parole d'un représentant de la France au sujet du Rwanda ; même lorsqu'il ne dit pas la vérité. Car, comme le démontrent les faits actuels dont je présente les preuves irréfutables dans la partie annexe de cet ouvrage, lorsque les actes criminels sont dirigés contre un ou des Rwandais, les faits et les preuves matérielles incontestables, « ça ne prouve rien » ! Cette réponse m'a été donnée par un juge parisien en repoussant les preuves écrites que je lui présentais devant le public à l'audience !

Comme je l'ai développé dans mon dernier ouvrage Le génocide au Rwanda : postures et impostures génocidaires, la chasse à l'homme continue contre nous Rwandais jusqu'à ce jour :

Parmi ceux qui condamnent A. Hitler et les Nazis, parmi ceux qui donnent la leçon de morale aux Rwandais, certains d'entre eux sont non seulement des génocidaires eux-mêmes, mais aussi, ce sont des « sociocidaires », des faussaires, des voleurs, des escrocs, des menteurs-nés, bref des criminels tout simplement. Les faits sont là, les preuves sont là ; tout lecteur, toute lectrice qui le souhaite pourra consulter les documents que nous présentons dans la partie annexe du présent ouvrage.

Supercherie et mépris à l'égard les victimes

Tout récemment, les médias ont diffusé l'information selon laquelle le président rwandais actuel, P. Kagame, aurait fait savoir qu'il entendait adresser aux dirigeants français la liste des griefs concernant l'accusation de participation au génocide au Rwanda par la France. Le président rwandais P. Kagame aurait démenti s'être engagé à rédiger un tel document. La question est de savoir qui dit la vérité, entre les responsables politiques français et le président rwandais. Toutefois, là n'est pas le point le plus important. Ce qui est préoccupant, c'est de constater que la France se limite à exiger une « lettre de doléances » au Rwanda au sujet d'un génocide qui a coûté la vie à plus de deux millions de Rwandais directement, et à près de cinq millions de victimes indirectement dans les pays de la sous-région.

Au fait, qui aurait mandaté le président rwandais actuel P. Kagame pour parler au nom des deux millions de victimes du génocide au Rwanda ? La France ? Si c'est la France qui aurait chargé à P. Kagame de formuler une « plainte » écrite au nom de toutes les victimes du génocide au Rwanda, une plainte de cette nature n'aurait aucun fondement juridique : chaque victime a droit à une justice équitable individuellement, sans que quiconque se constitue « partie » à sa place. Pour cela, au cas où P. Kagame serait lui aussi victime du génocide au Rwanda à titre personnel, rien ne l'empêche d'engager des procédures judiciaires contre des coupables présumés : cela uniquement à titre personnel.

En ce qui nous concerne, nous autres simples citoyens qui avons perdu les membres de nos familles pendant le génocide au Rwanda en 1994 - mais aussi pendant le génocide qui s'est poursuivi jusque dans les camps de réfugiés rwandais à l'est de l'ex-Zaïre,

Chacun d'entre nous, si la situation le lui permet, engagera des poursuites contre des génocidaires présumés : des Rwandais, des étrangers, bref tout génocidaire présumé devra répondre un jour de ses actes quelle que soit sa nationalité ; Français ou non.

Enfin, si la France demande à connaître la « liste » des griefs qui lui sont reprochés par le Rwanda, c'est simple : il suffit de prendre en considération et d'instruire sans tarder les différentes plaintes qui ont déjà été déposées par certains survivants du génocide au Rwanda et/ou par des proches des victimes du même génocide.

A titre personnel, en 2014, j'ai adressé au Tribunal Administratif de Paris une « liste » de griefs que je reproche à l'État français - et je pourrais réviser et compléter ces griefs à tout moment : étant donné que la France clame toujours la bonne foi et la transparence, je lui demande de répondre à mes griefs point par point. J'ai déjà publié la copie du courrier-plainte de ces griefs dans mon dernier ouvrage. Je publie à nouveau la même « liste » de griefs et je prends mes futurs lecteurs à témoin : attendons la réponse de la France !

2. De la criminalité de l'État : le couvert de l'anonymat

Tout récemment, un haut dirigeant français a reconnu qu'il existait en France une forme d'« Apartheid » au sujet des inégalités administratives et sociales. Cet aveu a suscité beaucoup de réactions au sein de l'élite politique et médiatique ! Parmi ces nombreuses réactions, il y en a une qui aura retenu mon attention :

Au sujet de l'existence de ce système d'« Apartheid » en France, un autre personnage politique a réfuté cette affirmation tout en reconnaissant qu'il existait certes des inégalités sociales mais, sans pour autant que celles-ci puissent être qualifiées d'« Apartheid ». Car, selon ce personnage qui s'exprimait sur Radio France Internationale, cela signifierait qu'il existe en France un « racisme d'État ». Ce qui ne serait pas le cas selon ce personnage politique.

Pour ma part, non seulement je souscris à l'hypothèse de l'existence d'une forme d' « Apartheid » en France, mais aussi, compte tenu de l'expérience que j'ai vécue et dont je présente les preuves irréfutable dans la partie annexe de cet ouvrage, je dirais même qu'il y a pire : dans certains cas précis, nous sommes directement confrontés à la criminalité de l'État.

En effet, lorsque telle ou telle institution de l'État se charge de falsifier le dossier administratif d'un citoyen pour le dénigrer, le harceler, détruire son activité, et/ou faciliter des attaques multiformes contre lui ; lorsque telle ou telle institution judiciaire dénie le droit de se défendre à un citoyen pour rendre un jugement partisan contre lui ; lorsque la Justice refuse de poursuivre les auteurs d'actes délictueux et/ou criminels commis contre un citoyen, tout simplement parce qu'il est d'origine étrangère ; lorsque telle ou telle institution de l'État produit lui-même des faux documents et que des tiers utilisent ces mêmes documents pour nuire à tel ou tel citoyen ; lorsque tel ou tel organisme de l'État se charge lui-même de pourchasser un citoyen dans ses activités socioprofessionnelles et participe aux « opérations » de piège et de tromperie pour le faire licencier sans fondement ; lorsque des criminels se servent des jugements obtenus au moyen d'escroquerie judiciaire pour attaquer à main armée tel ou tel citoyen à son domicile et détruire son logement en toute impunité ; etc., dans ces conditions, nous pouvons parler sans aucune hésitation de « criminalité de l'État ». Les justificatifs sont là : je présente, dans la partie annexe de cet ouvrage, quelques exemples de preuves à l'appui mes observations.

Pièces à conviction récentes

Comme je l'ai souligné au début du présent chapitre, même si la responsabilité de l'État ne signifie pas nécessairement la responsabilité de chaque citoyen pris isolément, il conviendrait de noter que le « peuple » assure à certains malfaiteurs une couverture idéale pour agir sous le couvert de l'anonymat. A titre d'exemple, dans mon dernier ouvrage « Le génocide au Rwanda: postures et impostures génocidaires » (2015), j'ai dénoncé une forme de harcèlement administratif dont le mode opératoire est celui de falsifier les dossiers administratifs de la victime pour la harceler, la dénigrer, voire même la spolier en toute impunité. J'ai cité et dénoncé plusieurs cas dont j'ai été victime. Quelques jours seulement après la publication de l'ouvrage ci-dessus cité, comme je l'avais décrit et dénoncé, l'administration publique a « accusé réception » de ma plainte en engageant de nouvelles procédures diffamatoires et en réclamant le payement des frais d'impôts indus :

Voici un exemple, à partir d'un « avis » d'« impôt forfaitaire sur les entreprises de réseaux » que j'ai récemment reçu de la part de l'administration fiscale en France ! En effet, après avoir consulté une page d'informations officielles publiées par le site Internet du Gouvernement Français, mon activité de psychologue n'a rien à voir avec les « entreprises de réseaux ». D'ailleurs, j'ai déjà exercé la même activité depuis 2009 : l'administration publique ne m'avait jamais demandé de payer un impôt de cette nature :



SEBUNUMA Déogratias Issy-les-Moulineaux, le 07 avril 2015
18 rue Adolphe Chérioux
92130 ISSY-LES-MOULINEAUX

Numéro fiscal : 51487216700010


Courrier recommandé avec avis de réception

CENTRE DES FINANCES PUBLIQUES
SIE ISSY-LES-MOULINEAUX
1 Place d'Alembert
92131 ISSY-LES-MOULINEAUX

Objet :

- Contestation de votre Avis intitulé : « Cotisation foncière des entreprises et/ou imposition forfaitaire sur les entreprises de Réseaux 2014 » - avis N° 1492080839207 du 12 mars 2015 ;

- Demande d'annuler le présent avis d'impositions car, je ne suis pas propriétaire d'une « entreprise de Réseaux ».

Madame, Monsieur,

J'ai l'honneur de vous écrire pour contester l'avis d'imposition ci-dessus référencé et pour demander son annulation.

En effet, de puis 2012, j'exerce une activité de psychologue en tant que travailleur indépendant.

Ci-joints les justificatifs de mon entreprise :

- Attestation de l'INSEE

- Attestation de l'URSSAF

Par ailleurs, je viens de prendre connaissance de l'existence d'entreprises dites de « réseaux » pour la première fois. Pour cela, je suis allé me renseigner sur les pages internet du Service Public. Compte tenue de la définition et des caractéristiques qui y sont exposées concernant les « entreprises de réseaux » :

Il appert très clairement que mon entreprise de psychologue ne fait pas parti des « entreprises de réseaux ». Je ne suis même pas abonné au réseau Internet depuis plusieurs années !

Pour cela, veuillez annuler l'avis d'imposition cité en référence.

Enfin, je me permets de rappeler que j'avais déjà exercé la même activité de psychologue de 2009 à 2011. Pour cela, vos services connaissent déjà la nature de mon entreprise.

Ainsi, au cas où une autre personne aurait déclaré auprès de vos services une « entreprise de réseaux » en utilisant mon nom et mon identifiant professionnel, cela constituerait un usage de faux et et une usurpation d'identité.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de ma considération distinguée.


SEBUNUMA Déogratias

3. La haine sans frontières

Depuis 2006, l'État français utilise tous les moyens pour me faire taire suite à mes recherches universitaires sur les violences collectives à partir du cas du Rwanda. Voici un bref rappel de la situation :

En 2006, j'ai entrepris de poursuivre mes recherches universitaires dans le cadre d'une thèse de Doctorat. Ainsi, lors d'un Travail Dirigé de recherche à l'Université, j'ai présenté les différentes hypothèses de mes recherches en psychopathologie, à partir du cas des violences collectives au Rwanda.

Quelques jours après la présentation de mon projet de recherche à l'Université, j'ai été contacté par un « fonctionnaire » de l'État français : celui-ci m'annonçait, au téléphone, que mon projet de thèse ne pouvait être soutenu dans « aucune université en France » ! Selon mon interlocuteur, il fallait changer de sujet de recherche, ou bien, selon ses propres termes, me « conformer à la thèse officielle de la France » sur les causes et les circonstances de la survenue du génocide au Rwanda !

J'ai demandé à ce « fonctionnaire » qui m'intimidait au téléphone de m'accorder un rendez-vous, dans son bureau, pour que je puisse lui répondre de vive voix. Ce qu'il a accepté. Pour cela, quelques jours plus tard, je me suis rendu au bureau parisien dudit « fonctionnaire » et nous avons échangé de vive voix :

Il a pris la parole et m'a signifié en introduction qu'il n'avait pas beaucoup de temps à me consacrer. Seulement, selon ses propres mots, il voulait me confirmer en tête-à-tête ce qu'il m'avait déjà annoncé au téléphone : « Votre projet est très intéressant mais, il diverge de la thèse officielle déjà soutenue par différents chercheurs et spécialistes de votre pays. Par exemple, j'ai un collègue qui se rend régulièrement au Rwanda : je lui ai présenté votre projet, il n'est pas d'accord avec vos hypothèses, en particulier le problème ethnique et les circonstances de la survenue du génocide au Rwanda. Il est d'ailleurs prêt à vous rencontrer. Pour cela, je vous conseille tout simplement de changer de sujet de recherche si vous souhaitez soutenir votre thèse de Doctorat en France ».

J'ai répondu à mon interlocuteur que pour ma part, les seuls « spécialistes » du génocide au Rwanda sont les Rwandais eux-mêmes. Je lui ai signifié que j'ai été moi-même directement concerné par le génocide au Rwanda, même si je ne vivais pas au Rwanda en 1994 ; je lui ai dit que plusieurs membres de ma famille avaient été massacrés en 1994 : à Kigali même et ses environs, mais aussi à l'est du Rwanda où vit ma famille biologique. Je suis sorti du bureau et quelques jours plus tard, j'ai envoyé un courrier au même « fonctionnaire » de l'État français pour lui confirmer à nouveau et par écrit mon point de vue.

Je croyais que la polémique était terminée, j'ai continué mes travaux de recherche et j'ai soutenue ma thèse de Doctorat en 2011. Cette même thèse de Doctorat est déjà connue dans plusieurs pays du monde.

Devant mon refus de renoncer aux travaux de recherche sur la survenue du génocide au Rwanda, la guerre de harcèlement dont j'allais être victime s'est déplacée sur d'autres terrains : le domaine socioprofessionnel, mon logement, mes comptes bancaires, le téléphone, etc. Bref, ce sont tous les moyens de ressources existentielles qui ont été visés par ceux qui veulent me faire taire à tout prix.

Une fixation sociocidaire particulière : le travail !

Comme je l'ai détaillé dans mon dernier ouvrage déjà cité, plusieurs exemples permettent d'illustrer les faits : suite à l'acharnement et à la violence dont j'ai été victime en 2006 à mon lieu de travail à Versailles - parce que je refusais de dire si j'étais Hutu ou Tutsi -, j'ai préféré quitter les lieux et j'ai été licencié ; après cette expérience douloureuse, j'ai décidé de créer ma propre activité professionnelle. Mais, en 2011, alors que mon activité avait prospéré depuis 2009, mes différents partenaires m'ont fait comprendre qu'ils subissaient eux-mêmes des pressions pour restreindre mon activité. J'ai alors décidé de rechercher à nouveau une activité salariée. En octobre 2011, juste après la période d'essai au sein d'une entreprise parisienne, c'est Pôle Emploi - organisme de l'État - qui est directement intervenu pour me faire licencier gratuitement. J'ai alors créé à nouveau une activité libérale en 2012. Ayant sollicité un financement auprès de la Caisse d'Épargne pour répondre à la demande de ma clientèle, cette banque publique a refusé d'accompagner financièrement mon activité. J'ai finalement obtenu le financement auprès d'une autre banque privée en 2013. Immédiatement, mon conseiller à la Caisse d'Épargne a souhaité me rencontrer : il m'a demandé des informations concernant les versements qui arrivaient sur mon compte bancaire de la part d'une autre banque. Dès que je lui ai précisé que mon projet professionnel était enfin financé et que je commençais à développer mon activité, la Caisse d'Épargne a initié un dossier de tromperie professionnelle pour bloquer et fermer définitivement mon compte bancaire ! Ce préjudice bancaire a été reconnu par le Tribunal d'Instance de Paris 13ème Arrondissement et la Caisse d'Épargne a été condamnée. Mais, curieusement, la Justice a refusé de lever l'interdit bancaire qui constituait le préjudice le plus important : il appert donc très clairement que ce sont mes activités professionnelles qui étaient directement visées. Car, tant que la mesure administrative abusive d'interdit bancaire ne sera pas levée, je ne pourrais plus obtenir un financement pour développer mes activités. Certes, je continue mon activité libérale mais, avec des moyens très limités.

Dans la partie annexe de cet ouvrage, je présente différents justificatifs de toutes ces affaires ci-dessus présentées.

Comme si tous ces actes de harcèlement, de destruction d'activités et de moyens d'existence ne suffisaient pas, l'État français et ses exécutants continuent leur acharnement contre ma personne  au sujet du « travail » :

Jusque à une date récente, c'est plutôt le gardien d'immeuble à mon lieu de domicile qui s'était chargé de ce dossier avec des accents de nature fasciste. Dans la continuité de cette première campagne de dénigrement raciste, depuis 2014, le Conseil Général des Hauts-de-Seine a pris le relais : cette institution de l'État me diffame, me calomnie et me harcèle car, selon ses différents courriers diffamatoires, je serais sans aucune activité professionnelle ! Or, je déclare mes modestes revenus tous les trimestres, je paye mes cotisations sociales tous les trimestres - cotisations certes modeste mais réelles, différents établissements publics commandent régulièrement mes ouvrages par l'intermédiaire des librairies privées. Comment le Conseil Général des Hauts-de-Seine peut-il alors prétendre que je n'aurais aucune activité pour harceler, me calomnier et me diffamer ?

Paradoxalement, en même temps, l'administration fiscale de l'État français fait diversion et me harcèle pour exiger le payement des impôts indus en tant que propriétaire d'entreprise de « réseaux » ! En quoi une activité de psychologue serait-elle une « entreprise de réseaux » ? J'ai déjà présenté l'absurdité de cette affaire dans le sous-chapitre précédent.

Par conséquent, la falsification de mon dossier professionnel constitue la preuve irréfutable des contradictions de l'État dans sa campagne de harcèlement contre ma personne : d'un côté, je serais sans activité ; de l'autre, ceux-là mêmes qui me calomnient me réclament des impôts en falsifiant la nature de mes activités !

Enfin, concernant l'acharnement administratif du Conseil Général des Hauts-de-Seine au sujet du « travail », il existe un autre motif beaucoup plus grave : cette institution cherche à obtenir, par tous les moyens, la suppression de mes droits aux différentes prestations sociales. C'est déjà arrivé en 2014. Pourtant, tous les trimestres, l'État m'envoie les demandes de déclaration de revenus et exige le payement des cotisations sociales et de l'impôt. Ce que je fais ; et je transmets les justificatifs à la Caisse d'Allocations Familiales. Certes, mes cotisations sociales sont modestes. Cependant, même un centime d'euro constitue une cotisation sociale effective ! Ainsi, quel que soit le montant que je paye, il me donne l'accès aux Droits conformément à la Loi. Par ailleurs, je me permets de rappeler que c'est l'État français lui-même qui détruit mes activités professionnelles depuis 2006. Les preuves matérielles sont là. Pour cela, le même État ne peut pas exiger de moi des miracles !

Exercice pervers du pouvoir

Au sujet du « travail », qui constitue le point de fixation pour nuire à ma personne, une partie de l'État français se charge de détruire mes activités pour alimenter le panier des faux documents diffamatoires, une autre partie du même État se charge de diffuser ce contenu diffamatoire par l'intermédiaire d'autres services publics et/ou par l'intermédiaire de petits exécutants privés. A titre d'exemple, le gardien d'immeuble est devenu une véritable « source d'informations » calomnieuses à partir des dossiers administratifs falsifiés que je ne cesse de dénoncer depuis plusieurs années.

Dans mon dernier ouvrage Le génocide au Rwanda : postures et impostures génocidaires, j'ai exposé d'autres éléments détaillés et j'ai qualifié tous ces faits d'« exercice pervers du pouvoir » :

A côté de la haine génocidaire, il existe une autre haine sociocidaire et, l'une se nourrit de l'autre.

4. Génocide et « petits business » d'intérêts

Parmi les témoins qui se sont exprimés sur le Rwanda lors des émissions radiophoniques qui ont été diffusées par Radio France Internationale - émissions que nous avons déjà citées, certains spécialistes du Rwanda ont rappelé le fait que tout le monde à Kigali avait été surpris par la première attaque du Front Patriotique Rwandais en octobre 1990. Cela parce que le gouvernement rwandais de l'époque avait accepté d'accueillir tous les exilés rwandais, suite à l'intervention personnelle du Pape Jean-Paul II.

La deuxième surprise liée à cette attaque inattendue, c'est l'équipement en armes et en munitions dont disposait le Front Patriotique Rwandais. Cet équipement militaire, en hommes et en armes de pointe, sera maintenu jusqu'à la prise du pouvoir par la force après le génocide au Rwanda de 1994. Ce qui est étonnant c'est que même l'embargo sur les armes qui avait été décrété pour favoriser le processus de paix, cet embargo sur les armes n'aura affecté que seule l'armée régulière : la rébellion du Front Patriotique Rwandais a continué à se procurer des armes et des munitions, à recruter des combattants. Le Colonel L. Marchal a confirmé que la Mission des Nations-Unies au Rwanda (MINUAR) ne pouvait s'assurer du respect de l'embargo sur les armes que dans la partie gouvernementale. Tandis que du côté du Front Patriotique Rwandais, ce même responsable militaire de la mission onusienne au Rwanda a avoué que la situation était compliquée, que le contrôle était impossible.

A partir de ces observations, plusieurs questions sont soulevées : qui a armé le Front Patriotique Rwandais au début de la guerre civile en 1990 ? Pour quelle raison ce mouvement rebelle à l'époque a attaqué le le Rwanda alors que tous les exilés rwandais pouvaient désormais rentrer pacifiquement dans leur pays d'origine ? A toutes ces questions, certains observateurs avancent des hypothèses très discutables : pour certains commentateurs, c'est l'Ouganda qui aurait armé le Front Patriotique Rwandais, du début de la guerre civile jusqu'à la fin du génocide au Rwanda en 1994. Certes, l'Ouganda a offert une base arrière à la rébellion du Front Patriotique Rwandais. Cependant, l'Ouganda venait à son tour de traverser une décennie marquée par plusieurs guerres civiles successives et, en 1990, c'était un pays en reconstruction. Pour cette raison, ce pays ne pouvait pas se payer le luxe d'attaquer un autre pays et de dépenser son argent dans une guerre qui ne le concernait pas a priori.

De plus, malgré le fait que les attaques contre le Rwanda étaient organisées à partir de l'Ouganda, la communauté internationale a laissé faire.

Par conséquent, la guerre qui a été menée contre le Rwanda à partir de 1990 était tout simplement une guerre de « business » d'une part, et une guerre pour régler des problèmes géopolitiques d'autres part :

Une guerre de « business » car, toutes les armes et munitions dont se servait le Front Patriotique Rwandais avaient un prix ! Donc, il a fallu payer ces armes auprès de leurs fabricants. Par ailleurs, il a fallu rémunérer tous les combattants et mercenaires. Quand bien-même l'Ouganda serait un pays très riche, il ne pouvait pas supporter toutes ces dépenses gratuitement !

Sur cette question du coût financier de la guerre civile au Rwanda, voici l'extrait d'un témoignage que j'ai déjà publié dans mon ouvrage Essai sur l'autosuggestion (2014) :

Lors d'un entretien avec un ancien proche du régime de J. Habyarimana, j'ai voulu savoir ce qui se cacherait derrière les mots très durs de ce dernier dans son discours du mois de novembre 1992 à Ruhengeri au sujet des Accords d'Arusha (dont les négociations étaient encours à cette époque) :

Mon interlocuteur : « Mais, voyons ! Officiellement, dans ces Accords, on n'y parlait que du partage du pouvoir. Or, en réalité, le problème principal de ces accords, c'était leur contenu tacite ». J'ai réagit avec étonnement. J'ai alors demandé à mon interlocuteur : mais, ce contenu tacite, de quoi s'agit-il ?

Mon interlocuteur répondit : « Ah ! Je vois bien. Vous n'êtes pas au courant ? (...) Le Rwanda devait s'engager à rembourser toutes les dettes contractées par nos adversaires pour financer leurs attaques contre le pays. Qui aurait accepté de payer l'argent utilisé pour massacrer les civils et chasser de chez-eux des millions de déplacés de guerre ? Donc, ces Accords d'Arusha c'était tout simplement un chiffon de papier » ; - terme qualificatif qu'avait utilisé J. Habyarimana dans son discours de Ruhengeri ci-dessus cité.

Conclusion : derrière la guerre civile, il y avait des « affaires » !

Chapitre IV. GÉNOCIDE ET RITUELS SACRIFICIELS

« Ceux qui ont l'intelligence s'imaginent que ceux qui ont les yeux ne voient pas » !5

1. Les « forces traditionnelles »
face au néocolonialisme multinational

Depuis l'article de J.-P. Chrétien sur la rébellion des « forces traditionnelles » au Rwanda allemand (1910 - 1912)6, les différents chercheurs et « spécialistes » de la région des Grands-Lacs d'Afrique n'ont plus accordé une attention particulière aux conséquences d'une éventuelle déstabilisation des institutions socioculturelles ancestrales au Rwanda.

Comme je l'ai développé dans mon ouvrage Communautarisme et autochtonie : Du cas du Rwanda à l'universel (2013), le Pays des Mille Collines s'est constitué à partir de deux idéologies préhistoriques : l'idéologie de la communauté des Hutu et l'idéologie de la communauté des Tutsi.

En effet, les termes Hutu et Tutsi ne désignent pas des « ethnies » comme l'on a voulu le faire croire depuis l'époque coloniale. En revanche, ces deux termes désignent deux communautés idéologiques ancestrales, deux visions différentes de la vie politique et sociale, deux visions différentes de la nature de gouvernement :

L'idéologie de la communauté des Hutu

Avant la conquête du Rwanda par les seigneurs de la communauté des Tutsi, il existait plusieurs petits royaumes de la communauté des Hutu. Tel ou tel observateur pourrait contester cette hypothèse mais, comme je l'ai exposé dans mon ouvrage précédemment cité, les différents travaux de recherche sur le Rwanda pré-colonial permettent de reconnaître cette évidence préhistorique. Voici en quoi consiste l'idéologie politique ancestrale des Hutu, d'après nos recherches spécifiques sur la question :

Dans la préhistoire du Rwanda - et jusqu'au début du 20ème siècle -, le mode de gouvernement des communautés Hutu était basé sur la « confédération » des lignages : chaque lignage comptait plusieurs familles et l'élément fédérateur de ce groupement social, c'était le territoire. D'où l'autochtonie comme lien identificatoire du clan de cultivateurs.

Pour des raisons d'organisation sociale, plusieurs lignages établissaient des contrats ou « pactes » de sang pour former un nouveau territoire. Cela permettait de mutualiser les forces militaires pour se défendre contre différentes attaques extérieures ; d'organiser le système d'échanges économiques et de liens matrimoniaux ; etc. A la tête de cette « confédération paysanne », les différents chefs de lignages désignaient un patriarche qui devenait le représentant d'un petit royaume. Cependant, chaque chef de lignage conservait ses prérogatives locales de « chef » : ainsi, dans le Rwanda préhistorique, nous pouvons dire que les différentes communautés des Hutu avaient établi un véritable système politique démocratique basé sur une représentation indirecte.

Certains petits royaumes préhistoriques de la communauté idéologique des Hutu ont survécu aux conquêtes des seigneurs de la communauté idéologique des Tutsi et à l'invasion coloniale. Comme l'ont très bien démontré certains chercheurs7, jusqu'au début du 20ème siècle, quelques royaumes des Hutu existaient encore au sud-ouest, au nord et au nord-ouest du Rwanda.

L'idéologie de la communauté des Tutsi

Conformément au mythe de la dynastie royale et aux institutions politiques du Rwanda moderne, l'idéologie de la communauté des Tutsi était radicalement opposée à celle de la communauté des Hutu :

En effet, à l'opposé de l'idéologie politique de la communauté des Hutu sédentaires, celle des Tutsi valorisait la vie nomade, l'élevage de bovins au détriment de l'agriculture, et surtout, l'idéologie politique des Tutsi vénérait un seul « chef » suprême : pas question d'établir un pouvoir collégial !

Par conséquent, lors de la conquête du Rwanda par les seigneurs de la communauté des Tutsi, il a fallu négocier un nouveau « pacte » sociétal pour former un nouveau pays. Ainsi, les seigneurs de la communauté Tutsi ont imposé le mode de gouvernement centralisé, au tour d'un seul monarque tout-puissant - cela au détriment des petits chefs locaux. Par ailleurs, les seigneurs de la communauté des Tutsi ont imposé une nouvelle « monnaie » d'échange sur le plan économique et social : alors que le lien identificatoire de base était la terre chez les partisans de l'idéologie Hutu, les nouveaux maîtres ont introduit la « vache » comme seule monnaie d'échange dans tous les rapports sociaux : pour payer la dote, pour payer une réparation suite à un jugement, pour s'acquitter d'une dette importante vis-à-vis de son créancier. Plus particulièrement, la vache est devenue le nouveau signe de richesse : pour devenir riche, pour être respecté parmi ses pairs, il fallait être propriétaire et éleveur de bovins. C'est ainsi que la coutume de servage « ubuhake » a vu le jour : ceux qui n'avaient pas les moyens de se procurer des vaches, ceux qui avaient besoin de payer la dote, ceux qui avaient une dette importante à payer ou une réparation à régler, bref pour « être libre » et respecté, il fallait se mettre au service d'un seigneur-éleveur de bovins. Après plusieurs années de travaux souvent pénibles, le vassal obtenait une vache de la part du suzerain.

Néanmoins, le nouveau système politique, économique et social qui a été introduit par la communauté idéologique des Tutsi n'a pas totalement effacé les piliers de la « confédération paysanne » de la communauté des Hutu. Au regard de la société rwandaise actuelle, c'est comme si l'on avait signé un « pacte tacite » de non agression et de respect mutuel en ce qui concerne les identités ancestrales :

Synthèse socioculturelle dans le Rwanda moderne

Dans les territoires de la communauté des Hutu qui ont survécu à la conquête des monarques de la communauté des Tutsi, rien ou presque n'a été modifié : seule la vache a été élevée au rang de « monnaie d'échange » et c'est tout. Pour le reste, le patriarche de telle ou telle confédération paysanne faisait la collecte des impôts et les remettait aux représentants du roi du Rwanda. Celui-ci, à son tour, assurait la protection de ces petits royaumes autonomes contre les invasions extérieures éventuelles. Ce qui est d'ailleurs étonnant c'est que, malgré cette séparation apparente des pouvoirs, il existait des liens matrimoniaux entre ces confédérations d'autochtones autonomes et le « vaste » Rwanda ! Par exemple, au sein des enclaves autonomes au nord-ouest du Rwanda, il a toujours existé des échanges matrimoniaux entre des familles Bagogwe - de la communauté des Tutsi - et les familles des Hutu autochtone. D'ailleurs, même aujourd'hui, dans ces régions autrefois autonomes, seule la fameuse « carte d'identité » qui a été introduite par l'occupant colonial permet de désigner l'appartenance aux pseudos ethnies de tel ou tel habitant.

Dans le reste du Rwanda, là où la conquête des territoires préhistoriques des Hutu par les monarques de la communauté des Tutsi a été intégrale, l'autorité des petits chefs locaux a disparu au profit des représentants directs du roi. Néanmoins, les nouveaux maîtres ont été obligés d'apprendre la langue des autochtones, de respecter le travail de la terre et, dans une certaine mesure, de pratiquer le système d'échanges matrimoniaux. En effet, les cultivateurs riches pouvaient acquérir des vaches et ainsi devenir « nobles » et épouser des femmes de la communauté des Tutsi. Inversement, tel ou tel membre de la communauté des Tutsi qui perdait son bétail - par exemple, suite à une dépossession décidée par le roi, ou bien, ayant été déchu de son statut de « noble »-, l'intéressé tombait ainsi dans le rang inférieur de cultivateurs. Désormais, lui et ses descendants étaient condamnés à partager les conditions de vie de la communauté des Hutu, y compris l'établissement des liens matrimoniaux.

Réveil des liens identificatoires préhistoriques : pactes narcissiques et pactes de sang

Malgré la modernisation des institutions socioculturelles et l'« effacement » ce certains liens identificatoires préhistoriques, la mémoire collective a conservé les traces de ce « passé qui ne passe pas » ! Par ailleurs, de manière instinctive, les membres de la communauté des Hutu ont conservé la capacité d'organisation « confédérale » de par l'organisation de la vie sociale autour et au milieu des champs !

Ainsi, lors de la rébellion de 1910 - 1912, le « héros du Murera », Lukara, a fait appel aux « forces traditionnelles » pour défier le monarque Musinga et l'administration coloniale allemande qui soutenait ce-lui-ci ! Certes, il y avait aussi un « prince » de la communauté des Tutsi qui revendiquait le statut d'héritier du trône, un certain Ndungutse : il prétendait être le fils du roi Mibambwe Rutarindwa qui avait été destitué au moyen d'un « putsch » sanglant mené par les autres membres de la dynastie royale. Cependant, le « prince » Ndungutse était de retour d'exil après un long séjour à l'étranger et n'avait pas les moyens pour organiser et mener une rébellion. C'est pour cette raison que le véritable « chef de guerre » dans cette affaire fut Lukara : aidé par les familles imposantes du Murera et par les guerriers de la communauté des Batwa, Lukara était sur le point de renverser la monarchie et de s'emparer du pouvoir ! Ce sont les Allemands, conduit par le Lieutenant Gudowius, qui ont sauvé l'institution monarchique du Rwanda !

Dans mes travaux de recherche précédents, j'ai déjà développé l'historique de la naissance des idéologies politiques modernes au Rwanda sous l'influence du colonialisme. Pour cela, dans la présente réflexion, intéressons nous surtout à ce qui s'est passé pendant la période de 1990 - 1994 sur le plan idéologique :

J. Habyarimana : un « patriarche-roi » !

Arrivé au pouvoir au moyen d'un coup d'État militaire en 1973, J. Habyarimana a opéré un « tournant décisif » en ce qui concerne le mode de gouvernement au Rwanda. En effet, après la chute de la monarchie en 1959 au Rwanda, la première République a conservé un double héritage : celui de la monarchie en ce qui concerne l'administration locale et territoriale ; puis l'héritage de l'administration coloniale en ce qui concerne la bureaucratie. C'est ce double héritage que J. Habyarimana a modifié pour asseoir un « nouveau régime » inspiré de la « confédération paysanne » des lignages du Rwanda préhistorique. Mais, le ciment de l'administration locale à l'occidentale n'a pas disparu non plus ! Le savant « mélange » fut établi selon le schéma suivant :

A la base, J. Habyarimana créa la « cellule » : celle-ci comptait une dizaine de familles était dirigée par un « responsable » de cellule. A l'échelon supérieur, un nombre limité de « cellules » constituait un « secteur ». Le chef de cette entité territoriale était un « conseiller » de secteur. Le regroupement de plusieurs « secteurs » constituait une « commune » - l'équivalent d'une mairie en Europe. Le chef de cette administration locale était le « Bourgmestre ». Plusieurs « communes » d'une même région constituait une « préfecture ». Le chef de ce territoire était le « préfet ». Enfin, les différentes « préfectures » constituaient le Rwanda. La grande trouvaille de J. Habyarimana fut la création des « cellules » et la responsabilisation quasi familiale de leurs chefs : véritables « petits chefs » des temps préhistoriques, les responsables de « cellules » étaient de véritables « policiers » et/ou « agents » de renseignement : ce sont eux qui tenaient les registres de résidence des étrangers, par exemple, alors que l'enregistrement des naissances était sous la responsabilité directe de la « commune ». Autrement dit, la naissance ne faisait pas peur, c'est l'arrivée d'un étranger qui était à craindre et à surveiller !

Ainsi, J. Habyarimana était devenu le nouveau « patriarche » à l'instar des « chefs » des « confédérations paysannes » d'autrefois ! Cependant, les patriarches d'autrefois régnaient sur des territoires minuscules. Or, J. Habyarimana - tout comme son prédécesseur G. Kayibanda - régnait sur tout le Rwanda. Pour cela, il avait endossé non seulement le costume de « patriarche » préhistorique, mais aussi, il était investi de tous les pouvoirs des monarques absolus Tutsi qui avaient régné sans partage sur le Rwanda moderne jusqu'en 1959.

Constat : J. Habyarimana était devenu à la fois « patriarche » pour son clan et « monarque » pour tout le Pays des Mille Collines.

Les fantômes du passé

En 1994, J. Habyarimana était devenu impopulaire dans certains milieux politiques au Rwanda et à l'étranger. Plus particulièrement, son image avait été attaquée par les médias locaux et étrangers à tel point que personne n'aurait jamais imaginé qu'il représentait encore un espoir pour la masse populaire :

Lors des émissions radiophoniques récentes sur Radio France Internationale que nous avons déjà citées - émissions consacrées à l'histoire de J. Habyarimana, le Colonel L. Marchal, qui était chargé de la sécurité dans le secteur de Kigali pour la Mission des Nations-Unies au Rwanda, a avoué : « Nous étions conditionnés par la campagne de diabolisation dont J. Habyarimana avait été victime (...) ».

En effet, certains représentants de la communauté internationale à Kigali, le Front Patriotique Rwandais et une partie de l'opposition politique considéraient que J. Habyarimana était le « seul problème » du Rwanda !

Or, c'était méconnaître les conséquences du réveil des « forces traditionnelles » :

Dès que la masse des paysans a appris que J. Habyarimana avait été assassiné dans l'attentat du 06 avril 1994, comme en 1910 avec la rébellion de Lukara, ce fut « l’effervescence » dans tout le pays : les barrières furent dressées avant même qu'il y ait eu une quelconque intervention des hauts responsables politiques et/ou administratifs, le pays fut « quadrillé » par une partie des militaires et la population, bref c'était la « guerre totale ». Mais, contre qui ? Eh bien, malheureusement, contre une partie de la population. Par conséquent, pour ma part, le génocide au Rwanda a été un génocide d'autodestruction d'un peuple. Car, le Front Patriotique Rwandais a attendu que le chaos s'installe pour venir ramasser le pouvoir dans la rue !

En résumé, pour venger le « patriarche-roi » J. Habyarimana, le peuple a cherché à rétablir la « communauté d'autochtones » préhistorique, une communauté idéalisée, celle d'avant la conquête du pays par des monarques de la communauté Tutsi ! Comme cela n'était plus possible, comme le peuple est devenu indivisible, comme le « mythe » du passé préhistorique ne correspond plus à la réalité socioculturelle d'aujourd'hui, comme les termes « Hutu » et « Tutsi » ne désignent plus des communautés d'appartenance « ethnique » - il n'y a ni territoire, ni langue, ni traditions pour distinguer un « Hutu » d'un «Tutsi »8 -, pour toutes ces raison, l'« ennemi » invisible c'était tout simplement un parent, un frère, un cousin, un voisin, etc.

L'éternel retour !

Pendant le génocide au Rwanda de 1994, certains membres de la communauté idéologique des Hutu ont manipulé la masse populaire sous le motif qu'il fallait « défendre » l'autochtonie des communautés préhistoriques des Hutu.

Malheureusement, après la fin du génocide et la prise du pouvoir par le Front Patriotique Rwandais, ce mouvement politique et militaire a opéré à son tour un retour vers le passé :

En effet, dès l'arrivée au pouvoir du Front Patriotique Rwandais, les responsables politiques et militaires de ce mouvement ont réveillé, eux aussi, le « mythe » de l'idéologie préhistorique de la dynastie monarchique des Tutsi : depuis juillet 1994, l'idéologie du « chef suprême » a remplacé celle du « Père de la nation » ou « patriarche confédéral » !

Par conséquent, aujourd'hui en 2015, le constat est clair : l'idéologie préhistorique du « chef suprême » de la communauté des Tutsi aura produit les mêmes effets que celle de l'autochtonie préhistorique revendiquée par certains leaders de la communauté des Hutu. Car, pour se maintenir au pouvoir, le Front Patriotique Rwandais a été obligé de recourir à la violence : pendant la guerre de conquête du pays, après le génocide de 1994 et lors de la destruction des camps de réfugiés rwandais à l'est de l'ex-Zaïre.

2. La désignation des boucs émissaires

Pendant la guerre civile au Rwanda de 1990 - 1994, des Rwandais accusés d'être des « suspects » furent régulièrement arrêtés, emprisonnés sans procès, certains furent même torturés. C'est la pression de la communauté internationale sur le gouvernement rwandais qui a permis l'arrêt de ces traitements. Après la signature des Accords de Paix d'Arusha - qui n'étaient en réalité que des « Accords du désaccord » (le « chiffon de papier » selon le terme du feu président J. Habyarimana!) -, puis, suite aux attaques multiples du Front Patriotique Rwandais malgré le processus de paix qui était engagé, l'affaire des « suspects » a pris une autre tournure : les « ibyitso », autrement dits « ennemis de l'intérieur », ce n'étaient plus seulement des personnes soupçonnées - à tord ou à raison - de soutenir la rébellion : désormais, toute personne qui était en désaccord avec le pouvoir en place devenait de facto un « ikitso » (« ibyitso » au pluriel), c'est-à-dire un « ennemi de l'intérieur » !

Lors de mes recherches actuelles, j'ai pris connaissance de l'une des méthodes qui étaient utilisées par le pouvoir au Rwanda pour repérer les « ibyitso » : à l'intérieur du pays, ce sont les ragots de voisinage qui permettaient de « ficher » tel ou tel individu comme « ikitso ». En ville, plus particulièrement dans la capitale Kigali, les « Maneko » (agents de renseignement) sévissaient dans tous les quartiers, dans toutes les sociétés privées, dans tous les bureaux administratifs et dans tous les lieux publics de loisirs ou de détente : les bistrots, les stades, etc.

Mais, l'opération la plus spectaculaire des « Maneko » au Rwanda, c'est celle qui consistait à suivre en filature les opposants politiques et les sympathisants potentiels du Front Patriotique Rwandais :

Déguisés en « agents de travaux publics », des gendarmes, des agents de renseignement civils « Maneko » ou des militaires, certains éléments de la redoutable Garde Présidentielle, tout ce beau monde suivait au pas tous les déplacements des opposants politiques - et même ceux de certains expatriés au Rwanda ! Plusieurs exemples m'ont été communiqués.

Par exemple, devant le Conseil National de Développement (CND) où se trouvaient le quartier général des Casques Bleus de l'ONU ainsi qu'un bataillon du Front Patriotique Rwandais - dans l'attente de la mise en application des Accords de Paix d'Arusha -, des groupes de gendarmes, de militaires et de « Maneko » se relayaient : faisant semblant d'effectuer les travaux de nettoyage dans les différents parcs et jardins du lieu, ces agents de renseignement identifiaient tout opposant politique et/ou expatrié qui entrait ou sortait du bâtiment. Après une série de vérifications sur l'identité de la personne concernée et le motif éventuel de ce déplacement, les services du renseignement central « fichait » l'individu ou classait sans suite l'affaire.

Même si nous ne disposons pas de preuves matérielles sur l'influence de ce « fichage » dans la commission du génocide au Rwanda en 1994, il n'y a malheureusement aucun doute : ces personnes « fichées » auraient été désignées comme « ibyitso » dès le début du génocide au Rwanda. Car, selon les témoignages concordants, lors de la survenue du génocide au Rwanda, les premiers massacres ont été commis de manière « ciblée » et « coordonnée » : ces opérations méthodiques ont visé des personnes bien identifiées quant à leurs noms, leur adresse et leur statut professionnel ou leur appartenance idéologique. C'est seulement par la suite que les massacres ont été étendus à Monsieur ou Madame tout le monde dans tout le pays, y compris dans les campagne.

Un même « mode opératoire » en France !

Curieusement, le même mode opératoire est observable en France : comme je l'ai exposé dans mon dernier ouvrage Le génocide au Rwanda : postures et impostures génocidaires (janvier 2015), actuellement en France, nous sommes victimes d'une chasse à l'homme dont le mode opératoire ressemble étrangement à celui de la survenue du génocide au Rwanda : fichage par les services de l'État français ; falsification des dossiers administratifs et production de faux documents pour justifier la chasse à l'homme contre tel ou tel bouc émissaire désigné à l'avance ; montage de dossiers judiciaires et falsification des procédures pour empêcher la victime de se défendre ; condamnations arbitraires en s'appuyant sur la présence imaginaire d'avocat qui aurait agi au nom de la victime ; propagande et campagnes diffamatoires contre la victime au moyen des faux documents et au moyen des condamnations arbitraires déjà citées ; attaques à main armée contre la victime et destruction de son domicile en utilisant les mêmes condamnations arbitraires ; etc. Bref, la liste des moyens utilisés pour « tuer proprement » et en silence la victime est longue !

Comme je l'ai déjà indiqué, pour étayer notre témoignage par des faits concrets, nous présentons, dans la partie annexe de cet ouvrage, une sélection de documents tirés de différents dossiers administratifs et judiciaires.

3. Le rôle des rabatteurs

Lors de la survenue du génocide au Rwanda, les rabatteurs ont joué un rôle important :

D'abord, à Kigali et dans d'autres villes, c'est essentiellement la Radio des Mille Collines qui servait de relais vocal pour indiquer où se trouveraient des « ibyitso » : soit leur domicile, soit les différents lieux publics où les victimes essayaient de se cacher comme des églises, des écoles, etc.

Ensuite, dans les campagnes, les rabatteurs se déplaçaient en groupes de plusieurs personnes et ratissaient les buissons, les marécages, les lieux publics, les champs, etc.

En France, nous avons observé différents comportements similaires : à mon lieu de domicile par exemple, dès que la « chasse à l'homme » a commencé contre ma personne, le gardien d'immeuble était la véritable « radio locale » pour informer les voisins de la nature des procédures administratifs et judiciaires engagées contre ma personne : « on est venu me demander mon avis », affirmait-il fièrement ! J'ai en ma possession certains extraits de ces discours. Tout récemment, lors des émissions sur Radio France Internationale concernant la survenue du génocide au Rwanda, j'ai été surpris par la similitude des mêmes discours à mon lieu de domicile en France et ceux qui ont été diffusés sur la Radio des Mille Collines au Rwanda en 1994 ! Comme je l'ai indiqué dans un courrier que j'ai adressé à une haute autorité publique, les discours concernant le génocide au Rwanda n'étaient qu'une copie : désormais, nous avons l'original en France !

Par ailleurs, chaque fois qu'il y a des attaques à main armée contre mon domicile, le gardien d'immeuble est clairement informé à l'avance : lors de l'attaque du 07 février 2013, par exemple, son comportement suspect a attiré mon attention et j'en ai informé la Police. Dans un premier temps, il m'a informé qu'il n'avait rien vu ni rien entendu concernant la destruction et la violation de mon domicile. Il m'a tout simplement dit : « ce sont peut-être des huissiers ... » ! Par la suite, lorsque j'ai essayé de coller des affiches pour solliciter le témoignage des voisins, le gardien d'immeuble me suivait : dès que je collais une affiche, il l'arrachait immédiatement en ma présence et sans aucune explication ! Concernant l'attaque du 04 décembre 2014, les malfaiteurs savaient très bien que j'étais présent à mon domicile : ce jour là, dès le matin, le gardien d'immeuble et sa bande de guetteurs se sont réunis derrière mon appartement. Vers la fin d'après-midi, juste avant l'arrivée du commando, tout le bâtiment était devenu un véritable « désert » : aucun voisin, aucun enfant dans la cour ! Suite à la violence dont j'ai été victime ce jour là, j'ai compris que tout le monde avait quitté les lieux pour qu'il ne puisse pas y avoir de témoins !

4. Le passage à l'acte ultime

Au Rwanda, pendant le génocide de 1994, ce ne sont pas les rabatteurs eux-mêmes qui passaient à l'acte pour massacrer telle ou telle victime. Souvent, ce sont des personnes étrangères - donc inconnues pour la victime - qui se chargeaient de commettre le crime. En effet, certains rescapés du génocide au Rwanda sont formels : tous les rabatteurs n'ont pas nécessairement le courage de passer à l'acte ultime : ce sont plutôt des « zélés plus qu'il ne faut » - des irréductibles - qui passaient à l'acte ultime pour commettre le massacre. Néanmoins, le travail des rabatteurs - des indicateurs ou des guetteurs - est tout aussi déterminant dans la commission du crime.

Comme je l'ai décrit ci-dessus, en France aussi, nous assistons malheureusement au même mode opératoire criminel.

La tentative d'assassinat du 04 décembre 2014

Le 04 décembre 2014, lors de la deuxième attaque à main armée contre ma personne à mon domicile, la procédure de destruction de la porte de mon appartement permet de comprendre la nature du crime :

Je me trouvais à l'intérieur de ma chambre en train d'écrire lorsque, soudainement, j'ai entendu un très grand bruit sur la porte d'entrée de mon appartement. Immédiatement, je suis allé voir et j'ai ouvert la porte. C'est à ce moment là que j'ai failli être transpercé par une perceuse !

Derrière la porte, dans le couloir, un homme était en train de détruire la porte de mon logement à l'aide d'une perceuse ! Il était accompagné de trois autres personnes : deux juste derrière lui et, à côté vers l'escalier, un troisième homme assistait aussi à la scène. Celui-ci tenait un sac en cuir dans ses mains.

Lorsque j'ai ouvert la porte brusquement et que, en même temps, la perceuse du malfaiteur était déjà enfoncée dans la serrure de la porte, l'assaillant a été emporté par la perceuse et a failli tomber à l'intérieur de mon appartement : il s'est relevé et, avec sa lourde perceuse à la main, il a reculé et est allé se fracasser sur l'un des deux hommes qui se tenaient derrière lui ! Comme le couloir est très étroit et que, visiblement, ces malfaiteurs ne s'attendaient pas à ce que je vienne les intercepter à l'extérieur de mon appartement, une peur-panique était visible sur leur visage : instinctivement, le deuxième homme qu venait d'être bousculé par celui qui tenait la perceuse a plongé les mains dans sa veste et j'ai vu le poignet d'une arme à feu - de type pistolet. Comme je m'adressais à la personne qui venait de détruire ma porte pour demander des explications, le quatrième homme du commando, celui qui se tenait à côté avec un sac à la main, adressa un regard de désapprobation à celui qui sortait déjà son arme de la veste. Puis, il s'adressa à moi, il se présenta comme étant l'huissier : « c'est plutôt à moi qu'il faut s'adresser », m'a -t-il dit.

Dans mon dernier ouvrage Le génocide au Rwanda : postures et impostures génocidaires (2015), j'ai déjà présenté en détails le contenu de l'échange que j'ai eu avec cet « huissier » lors de cette attaque à main armée dont j'ai été victime le 04 décembre 2014.

Intéressons-nous plutôt à la réaction de la deuxième personne qui commençait à sortir son arme de la veste avant que l'« huissier » ne désapprouve son geste par un regard :

Sur la porte de mon appartement, il y a une sonnette. Pourtant, ce commando n'a pas sonné. Par ailleurs, durant le moment de l'attaque, tout le bâtiment était vide ! Même dans la cour au pied des immeubles, personne ne circulait alors que le lieu est toujours fréquenté par des voisins ou par des enfants ! Puis, compte tenu de l'étonnement et de la panique que j'ai constatés sur le visage de mes bourreaux dès que j'ai ouvert la porte, ils ne s'attendaient pas du tout à ce face-à-face dans le couloir, c'est-à-dire à l'extérieur de mon logement. Pour toutes ces raisons, plusieurs questions se posent :

Pourquoi ce commando n'a-t-il pas sonné alors qu'il prétendait vouloir faire appliquer une décision de Justice ? Au cas où la Justice aurait autorisé l'usage de la force contre ma personne et contre mon logement - et dans cette hypothèse, je demanderais des explications concernant les raisons d'une telle décision -, pourquoi la Police n'était-elle pas présente pour représenter la Force Publique ? En France, est-il autorisé d'attaquer à main armée un adversaire, de détruire ses bien, de violer son domicile, etc., tout simplement parce qu'il y aurait une décision de Justice à faire appliquer ? D'ailleurs, je me permets de préciser que les différentes décisions de Justice qui servent d'alibi à ces attaques constituent, tout simplement, le résultat de procédures judiciaires d'escroquerie ! Les preuves matérielles sont là, je présente plusieurs pièces à conviction dans la partie annexe de cet ouvrage.

Autres questions : pourquoi ces hommes, du moins l'un d'entre eux, avaient-ils des armes à feux ? Que ce serait-il passé si je n'avais ouvert la porte et qu'ils m'avaient trouvé à l'intérieur de l'appartement ?

Pour ma part, même si différentes hypothèses de réponses à ces questions sont possibles, compte tenu de l'historique de l'affaire initiale et d'autres dossiers annexes, il n'y a aucun doute possible concernant le motif de ces attaques répétitives à main armée : ces hommes étaient venus pour commettre un massacre. La cible, c'est ma personne. Seulement, je ne les ai pas attendus à l'intérieur de mon appartement et, ils ont renoncé à commettre un crime à l'extérieur du logement.

Je me permets de rappeler que toutes ces opérations et attaques à main armées ont commencé dès que j'ai refusé d'abandonner mon projet de recherche sur les violences collectives à partir du génocide au Rwanda. Pour cela, nous avons affaire à la continuation de crimes génocidaires dirigés contre nous Rwandais : car, nous cherchons à faire la lumière sur des affaires criminelles qui dérangent !

Observations complémentaires

Depuis le génocide au Rwanda de 1994, les Hutu Rwandais sont devenus des boucs émissaires de tous les malheurs du Rwanda. Au sujet des crimes actuels qui ressemblent étrangement aux crimes génocidaires au Rwanda dans le passé, les Hutu Rwandais seraient-ils encore auteurs des violences planifiées et coordonnées dont nous sommes victimes ici en France ? Si tel est le cas, les Hutu Rwandais se seraient métamorphosés pour devenir des Blancs !

Tout récemment, suite aux attentats qui ont eu lieu à Paris en janvier 2015, la France a mobilisé la terre entière - et à juste titre - contre le terrorisme et tous ceux qui ne respectent pas le droit d'expression. Or, depuis 2006, l'État français me traque, me pourchasse, ordonne des attaques à main armée contre ma personne et de mon logement, détruit toutes mes activités professionnelles ainsi que les sources de mes moyens existentiels, certaines institutions de l'État français falsifient mes dossiers administratifs pour me diffamer, me harceler et me spolier en exigeant le payement des taxes et des impôts indus, etc. Tout cela, tout simplement parce que j'ai entrepris des recherches universitaires sur la survenue du génocide au Rwanda ! Je me permets de rappeler que mes propres parents furent massacrés pendant le génocide au Rwanda au printemps 1994.

Malheureusement, pour nous victimes, il n'existe pas de différence entre le terrorisme des particuliers et le terrorisme d'État.

En 1994, les génocidaires au Rwanda ont commis leurs crimes sous le couvert de l'anonymat : aujourd'hui, les génocidaires ont un visage, un nom, une adresse, une activité professionnelle connue et nous connaissons l'État qui planifie et ordonne tous les actes criminels dirigés contre nous.

La survenue du génocide au Rwanda a été précédée par une période de chasse à l'homme et de terreur contre tous les opposants politiques : les « Maneko » (agents de renseignement) faisait la Loi partout au Rwanda, surtout à Kigali. Au cas où mes bourreaux seraient des « Maneko » français qui passeraient leur temps à me pourchasser et à organiser des attaques à main armée contre ma personne, ce serait une perte de temps inutile : les faits sont déjà connus, l'histoire est déjà écrite. Nous le savons très clairement, des Français ont participé à la planification et à l'exécution du génocide au Rwanda aux côtés du Gouvernement Intérimaire. Cela, au nom de la France.

Ainsi, le génocide au Rwanda a été planifié en le faisant. C'est mon hypothèse fondée sur les éléments de recherche en ma possession.

Pour toutes ces raisons, quels que soient les moyens d'intimidation utilisés pour nous faire taire, quels que soient les crimes dirigés contre nous, rien ne nous empêchera de dire la vérité historique sur le rôle de la France dans la survenue du génocide au Rwanda et de dénoncer publiquement ces actes. En revanche, cela n'exclut pas la responsabilité des Rwandais eux-mêmes dans la commission des crimes génocidaires : que ce soit du côté des Hutu au pouvoir à l'époque, mais aussi du côté du Front Patriotique Rwandais qui avait repris les combats.

La seule question qui reste est celle de savoir : comment un État comme la France peut-il en arriver là ?

Chapitre V. LE JUGEMENT DE L'HISTOIRE

Synthèse théorique et clinique

« Le jugement n'est pas une faculté formelle dont nous disposerions d'emblée dans sa perfection : elle est soumise à un développement et à une éducation, destinée à remplacer le préjugé par le jugement. La nécessité même de cette éducation manifeste que la faculté du jugement implique la volonté en tant qu'elle ajoute son assentiment à la forme composée par l'entendement. Le jugement ne se présente alors plus seulement comme une faculté ou une opération achevée, mais comme une puissance que chaque esprit doit exercer et cultiver en lui, en tant qu'elle constitue en lui la conjonction de la connaissance et de la liberté »9.

1. Criminalité génocidaire : la couverture de la Loi

« En s'attaquant à une partie de la société pour la faire disparaître, l'État totalitaire désagrège les fondements de l'ensemble social, et il détruit les formations et les processus de la vie psychique qui s'étayent sur l'ensemble social, sur ce que j'ai appelé les fondements métapsychiques de la psyché. Au jeu mobile des représentations et des relations, il impose le mode paranoïaque de la causalité unique. Il se débarrasse de l'auto-agression contre une partie de la société, à laquelle il s'identifie par la projection de l'idée du complot subversif et par l'imposition d'un idéal de pureté sociale (doctrinale, raciale,...) »10.

Conformément aux différents éléments matériels que nous avons présentés jusqu'ici, le constat est clair :

Dès lors qu'un État fait usage de faux, jusque dans certains de ses palais de Justices, pour ordonner des attaques systématiques contre tel ou tel citoyen - y compris des attaques à main armée et la destruction des biens d'autrui - ;

Dès lors que le même État détruit systématiquement toute activité professionnelle de tel ou tel citoyen, puis, le menace, le diffame, le harcèle et utilise tous les moyens administratifs pour lui nuire ;

Dès lors que ces attaques et injustices sont accompagnées par des discours publics de haine caractérisés par des propos d'antirwandité ;

Dans ses conditions, nous avons affaire à la continuation de crimes génocidaires contre des Rwandais, tout simplement parce qu'ils sont Rwandais. Car, ces même actes de crimes génocidaires ont déjà été observés au Rwanda.

A propos de la criminalité individuelle et institutionnelle, la théorie psychanalytique kleinienne offre différents outils d'analyse :

La haine, la jouissance et l'agressivité selon J. Rivière

« On reconnaît généralement comme inné, chez l'homme et la plupart des animaux, un instinct d'agression, tout au moins pour se défendre ». Puis selon J. Rivière, « des pulsions agressives, cruelles et égoïstes, sont étroitement associées à des sentiments de plaisir et de satisfaction (...) et une certaine fascination et une excitation peuvent accompagner la gratification de ces pulsions. (...) Ce plaisir, qui peut s'associer étroitement à des émotions agressives, explique dans une certaine mesure pourquoi ces émotions sont si impérieuses et difficiles à contrôler ». Selon le même auteur, « la haine, l'agressivité, l'envie, la jalousie, le désir de posséder, tous ces sentiments que les adultes ressentent et expriment, sont à la fois des dérivés (...) de l'expérience primitive et de la nécessité de la maîtriser si nous voulons survivre et obtenir quelque plaisir dans la vie ».11

Comme je l'ai déjà développé dans mon dernier ouvrage déjà cité, sous le couvert de l'anonymat dans la foule ou au sein d'une institution, nos bourreaux trouvent une certaine « jouissance » dans le passage à l'acte contre tel ou tel Rwandais.

Paranoïa et criminalité

Au printemps 1994, quelques semaines seulement après le début du génocide au Rwanda, des milliers de Zaïrois qui fuyait la guerre civile à Kigali commencèrent à arriver dans la ville de Bukavu (à l'est de l'ex-Zaïre) : certains d'entre eux, dans l'attente de regagner leurs régions natales, étaient logés dans l'établissement où je suivais à l'époque ma première année de philosophie.

Ainsi, ces premiers « réfugiés » qui arrivaient du Rwanda12 - en réalité, il rentraient dans leur pays d'origine - ont livré leur témoignage : le Front Patriotique Rwandais et certains étrangers participaient, eux aussi, à la commission des massacres et crimes de masse au Rwanda. Nous en avons fait part à certains enseignants occidentaux de notre établissement. Un jour à table, l'un d'entre eux déclara :

« C'est vrai, tout le monde le sait bien maintenant : le Front Patriotique Rwandais aussi massacre des populations civiles. Cependant, contrairement aux Hutu, il (le Front Patriotique Rwandais) tue proprement » !

Depuis le début des attaques dont je suis victime ici en France, un comportement particulier de ceux qui me pourchassent a retenu mon attention : ces derniers fouillent partout pour recueillir les informations me concernant afin de les utiliser contre ma personne. Ainsi, cette « fouille » méthodique ne connaît aucune limite : non-distribution d'une partie de mon courrier - ce qui suppose des critères permettant d'écarter ou de confisquer telle ou telle correspondance ; destruction de mon logement (le 07 février 2013) suivie d'une fouille de mon appartement jusque dans ma chambre à coucher ; fouille dans mes comptes bancaires et usage de tromperie pour décréter des interdits bancaires de nature criminelle ; fouille concernant mes numéros téléphoniques pour m'adresser des appels malveillants - ce qui suppose aussi l'interception possible de mes communications ; indices suspects sur mes courriers électroniques qui seraient aussi surveillés ; fouille dans mes dossiers administratifs pour établir des documents falsifiés afin de les utiliser ensuite dans des manœuvres diffamatoires et de harcèlement ; etc.

Par ailleurs, suite aux attaques répétitives à mon domicile, je me déplace régulièrement pour aller effectuer mes travaux de recherche dans différentes bibliothèques parisiennes : curieusement, il arrive que des personnes me suivent et viennent s'asseoir à côté de moi à la bibliothèque. Mais, comme je reste très longtemps sur le même lieu en trains de lire ou d'écrire, il est déjà arrivé que mes « voisins » de circonstance se lèvent et partent en murmurant des injures ! Mais que cherchent-ils en fouillant partout ? Car, depuis ma thèse de Doctorat, je publie tous les résultats de mes recherches : il n'y a rien à cacher, il suffit de lire mes ouvrages.

Puis, ce n'est pas la peine de me suivre partout !

Selon le philosophe E. Kant, il n'est pas difficile d'éduquer un enfant. Ce qui est difficile, dit-il, c'est d'arriver à « maintenir assis un enfant, au même endroit, pendant un laps de temps » ! Ceux qui me poursuivent jusqu'au sein des bibliothèques sont donc avertis : il n'est pas donné à tout le monde de « rester assis », au même endroit, pendant un laps de temps ; surtout dans une bibliothèque !

L'apport de R. Kaës

A partir des situations de catastrophes sociales en Argentine, R. Kaës nous éclaire à propos de la violence d'État et ses conséquences :

« Les organisations des Droits de l'Homme en Argentine estiment que 30 000 personnes ont disparu sous la dictature, la plupart entre 1976 et 1978. Elles ont été dites « disparues » : sans trace, sans corps, sans parole vraie sur la cause de leur « disparition ». Il ne s'agit, en aucun cas, d'une disparition analogue à celle que produit une catastrophe naturelle ou technique. Là, le deuil est possible : un consensus soutient la représentation de la mort et acquiesce à la disparition du corps. La spécificité du traumatisme infligé par la dictature est la disparition muette. Elle se révèle dans la terreur imposant le silence à la parole. Le trou de la disparition provoque des effets pathologiques actuels et sur plusieurs générations. Il ébranle chez chacun les fondations du lien, de la pensée et de l'identité.

L'ordre des choses, l'ordre des causes ont été pervertis par la confusion à laquelle les a soumis la dictature. Devant la disparition, celle-ci imposait le silence, la culpabilité et la dénégation. Elle obligeait chacun à garder le silence pour assurer sa propre survie, à dénier toute information qui pourrait donner une signification politique à la disparition. Elle enduisait à sauvegarder la dictature au prix du silence et de la culpabilité. Elle cultivait des sentiments de culpabilité vis-à-vis du disparu qui devait être considéré comme coupable du seul fait de sa disparition.

Les pressions exercées sur les familles allaient toutes dans la même direction, pour produire un effet de non-sens : qu'elles tiennent le disparu pour mort, qu'elles le déclarent mort sans en connaître la cause, qu'elles oublient le passé, ou bien alors qu'elles considèrent la dissidence politique comme une inadaptation sociale et comme une cause d'enfermement pour troubles mentaux et comportements anti-sociaux. Accepter ces modèles était une condition pour survivre, au prix d'un clivage du Moi et de la réalité : à condition de ne rien vouloir savoir de la disparition et de mettre en œuvre un désaveu ou une dénégation massive du lien avec le disparu.

Le travail psychique du deuil, qui aboutit à admettre la perte et la séparation de l'être aimé, à l'établir en soi dans l'ambivalence des sentiments, et à reprendre, à cette occasion, le travail du deuil des premiers objets d'amour, s'étaye toujours sur une inscription collective, sociale, culturelle ou religieuse ; il prend appui sur des actes rituels et sur des énoncés communs qui disent quelque chose d'important et de nécessaire sur l'origine, sur la fin et sur la succession des générations. En ce sens, il n'y a pas de deuil strictement privé, quand bien même le travail du deuil est, comme tout travail psychique, une création qui engage la singularité intime de chaque sujet »13.

Face aux conséquences du génocide au Rwanda de 1994, imposer l'« oubli commandé » à tout le peuple rwandais, empêcher le travail de mémoire pour ne pas être confronté à l'Histoire et échapper ainsi à ses responsabilités historiques, pourchasser et réduire au silence toute personne qui chercherait à remettre en question la prétendue « thèse officielle » et/ou « mémoire officielle » sur le génocide au Rwanda, telles sont les raisons qui expliquent l'acharnement et la chasse à l'homme dont nous sommes victimes.

L'exemple de ce qui s'est passé en Argentine - ci-dessus exposé - éclaire parfaitement la situation.



1 Ibid.

2 SEBUNUMA D., Communautarisme et autochtonie - Du cas du Rwanda à l'universel, op. cit.

3 SEBUNUMA D., Essai sur l'autosuggestion, op.cit.

SEBUNUMA D., Le génocide au Rwanda : postures et impostures génocidaires, op. cit.

4 KAËS R., article « Ruptures catastrophiques et travail de la mémoire », in PUGET J. et all., Violence d'État et psychanalyse, Dunod, Paris, 1989, pp.171 - 204.

5 Proverbe rwandais.

6 CHRETIEN J.-P., Article « La révolte de Ndungutse (1912) - Forces traditionnelles et pression coloniale au Rwanda allemand », in Revue française d'histoire d'outre-mer, n° 217 - 4e trimestre 1972, pp. 645 - 679.

7 HEREMANS R., Introduction à l'histoire du Rwanda, Kigali, Éditions Rwandaises, 1988.

8 Cf. Nos travaux de recherche déjà publiés.

9 KANT E., Critique de la faculté de juger, Introduction, § 3, tr. A. Philonenko, Vrin, Paris, 1965, p. 27, cité in Blay M., Grand dictionnaire de philosophie, op. cit., ibid.

10 KAËS R., article « Ruptures catastrophiques et travail de la mémoire », in PUGET J. et all., Violence d'État et psychanalyse, op. cit., ibid.

11 RIVIERE J., texte « La haine, le désir de possession et l'agressivité », in KLEIN M. et RIVIERE J., (1937), L'amour et la haine, Paris, Payot, 2001, p. 25.

12 Même si ces Zaïrois rentraient chez-eux, certains étaient nés au Rwanda et d'autre y habitaient depuis plusieurs décennies.

13 KAËS R., article « Ruptures catastrophiques et travail de la mémoire », in PUGET J. et all., Violence d'État et psychanalyse, op. cit., ibid.


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Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


Synthèse

Commander

Le Jugement
de l'Histoire


Synthèse

Commander

Le génocide
au Rwanda


Synthèse

Commander

Essai sur
l'autosuggestion


Synthèse

Commander

Psychopathologie descriptive I
Essais
sur les violences collectives

Synthèse

Commander

Communautarisme
et autochtonie –
Du cas du Rwanda
à l'universel

Synthèse

Commander

Rwanda :
crimes d'honneur
et influences régionales

Synthèse

Commander

Rwanda :
crise identitaire
et violence collective

Synthèse

Commander

La compulsion
de répétition
dans les violences collectives

Synthèse

Commander

La compulsion
de répétition
dans les violences collectives

Rwanda :
crise identitaire
et violence collective
Cet ouvrage est désormais édité par
les EDITIONS UMUSOZO