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 Chapitre II. EXERCICE PERVERS DU POUVOIR


« Il n'est pas de groupe, pas d'institution, pas de société sans mémoire, sans travail de l'historisation. Le refus de la mémoire et de l'historicité forme les sociétés qui soutiennent les utopies meurtrières. L'étude de ces sociétés y démontre à l'œuvre des mécanismes analogues à ceux de la forclusion et du déni. Le « ne te souviens pas » n'est pas ici ordonné au refoulement de l'horreur, mais à l'annulation de l'histoire et de l'expérience. Cette annulation maintient le pouvoir de l'horreur et l'annihilation de la pensée. De même que la stratégie du pouvoir dans les situations de catastrophe sociale vise à réprimer toute manifestation de la réalité psychique, à la détruire ou à la pervertir, de même elle vise à substituer à la mémoire collective des énoncés sur l'histoire qui soient capables de la légitimer. Elle impose par la force un contrat narcissique pervers et déplace à son profit, sur sa seule violence, l'enjeu de pacte dénégatif »22.

En Kinyarwanda, le mot « ikimwamwanya »23 exprime pleinement la polysémie du terme « pervers » : en effet, ikimwamwanya désigne à la fois l'acte du pervers, la manière dont cet acte est commis ainsi que l'attitude ou la personnalité du sujet « pervers ».

Pour aller un peu plus loin, intéressons-nous à un autre substantif dérivé du premier ci-dessus cité : la « perversion ».

Il s'agit du « terme dérivé du latin pervertere (retourner), employé en psychiatrie et par les fondateurs de la sexologie pour désigner, tantôt de façon péjorative, tantôt en les valorisant, des pratiques sexuelles considérées comme des déviations par rapport à une norme sociale et sexuelle. Ayant trait à la question du bien et du mal, et donc à la jouissance du mal et à la sublimation, le terme a une portée universelle et anthropologique dans la mesure où il caractérise le propre de l'homme. La perversion est en effet absente du monde animal. (…) Repris par Sigmund Freud (1896), le terme perversion a définitivement été adopté comme concept de la psychanalyse qui a conservé ainsi l'idée de déviation sexuelle par rapport à une norme. Néanmoins, dans cette nouvelle acceptation, le concept est dépourvu de toute connotation péjorative ou valorisante et s'inscrit avec la psychose et la névrose dans une structure tripartite »24.

Dans la suite de leur article sur le terme « perversion » – article ci-dessus cité, E. Roudinesco et M. Plon développent la richesse de l'apport freudien sur la signification et l'utilisation actuelles dudit terme. Mais, pour notre recherche spécifique, intéressons-nous à l'apport kleinien concernant le concept psychanalytique de « perversion » :

« Dans la théorie kleinienne, la perversion est toujours décrite en fonction d'une norme et d'une pathologie, mais toute idée de déviance est écartée. Aussi est-elle regardée comme un trouble de l'identité de nature schizoïde lié à une farouche pulsion de destruction de soi-même et de l'objet. Loin d'être l'expression d'une « aberration » sexuelle, elle devient la manifestation à l'état brut de la pulsion de mort, au point de faire naître dans le cadre de la cure une réaction thérapeutique négative (ou perversion de transfert) »25.

Les deux auteurs terminent leur article sur la « perversion » par une autre remarque très intéressante pour la suite de notre réflexion :

« Dans la perspective de la Self Psychology, c'est Joyce McDougall (…) qui apporta dès 1972 l'une des meilleures révisions de la doctrine freudienne de la perversion. Dans son Plaidoyer pour une certaine anormalité, elle constate que la structure tripartite (névrose/psychose/perversion) est trop rigide pour expliquer les troubles sexuels liés aux différents désordres narcissiques du soi. Aussi donne-t-elle le nom de néosexualité et de sexualité addictive à des formes de sexualité perverses, proches de la drogue et de la toxicomanie, mais qui permettent à certains sujets au bord de la folie de trouver la voie de la guérison, de la créativité et de la réalisation de soi »26.

Revenons sur le mot de la langue Kinyarwanda « ikimwamwanya », terme qui illustre le contenu de l'un des symptômes de la perversion, le « faux-self » : sur ce sujet, D. Winnicott a apporté une contribution théorique et clinique que j'ai déjà citée dans ma thèse de Doctorat « La compulsion de répétition dans les violences collectives »27 :

Dans le texte de D. Winnicott « L’agressivité et ses rapports avec le développement affectif »28, l’une des hypothèses formulées par l’auteur sur l’étiologie des comportements agressifs – qui seraient liés au développement narcissique primaire suite aux influences de l’environnement – concerne « les premières racines de l’agressivité ». A travers l’exposé de ses observations, D. Winnicott présente une situation clinique extrême dans laquelle, pour le sujet, « (…) il ne reste pas de lieu de repos pour une expérience individuelle et qu’en conséquence l’état narcissique primaire possible n’évolue pas vers une individualité. L’« individu » se développe alors comme une extension de l’écorce plutôt que du noyau, comme une extension de l’environnement envahissant. Ce qui reste du noyau est dissimulé et ne se retrouve qu’avec difficulté, même dans l’analyse la plus poussée. L’individu n’existe alors que grâce au fait de ne pas être deviné. Le self authentique est caché et, du point de vue clinique, nous nous trouvons en face du faux self complexe dont la fonction est de maintenir caché le vrai. Le faux self peut être bien adapté à la société, mais l’absence du vrai self est la source d’une instabilité qui devient d’autant plus évidente que la société est amenée à penser que le faux self est le vrai »29.

A partir de cet inestimable apport de la théorie psychanalytique, nous pouvons enfin aborder la question qui nous intéresse dans le présent chapitre : l'« exercice pervers du pouvoir » dont les crimes génocidaires constituent l'une des manifestations parfaites.

Comme nous l'avons exposé ci-dessus, l'approche de la psychiatrie et l'approche freudienne du terme de « perversion » concernent essentiellement la vie psychique d'un sujet isolé. Ainsi, c'est à partir de la théorie kleinienne et l'apport de J. McDougall que nous pouvons examiner la situation des cas « transsubjectifs » : la perversion dans l'exercice du pouvoir et dans la commission des crimes de masse.


1. Le pouvoir en question :
problématique ontologique et analytique


Il faut être « narcissiquement » téméraire pour se convaincre que l'on est « dépositaire », le « meilleur » d'entre tous, le plus « méritant » de toute une nation, l'« homme de la situation », etc. lorsqu'il s'agit de désigner le « chef » d'un pays ou d'une collectivité quelconque ! Au fait, comment se mesure-t-il le statut du mérite, comment arrive-t-on à savoir ou à constater que l'on est l'« homme ou la femme de la situation » pour occuper les fonctions de « chef » ?

Je vais sans doute m'attirer des malentendus mais, je me permets malgré tout de planter le décor : que le pouvoir se transmette de père en fils, dans le cadre d'une monarchie dynastique, nous pouvons comprendre l'innocence du candidat au trône : il ne choisit pas de naître ni à telle époque ni à telle place dans l'ordre des naissances de la fratrie. Ainsi, le futur monarque est désigné (e) dès sa naissance : qu'il (elle) le veuille ou non !

Cependant, la situation se complique lorsqu'il s'agit de la succession au « trône » dans d'autres types de gouvernements : la démocratie, mais aussi la dictature ! Comment tel ou tel individu arrive-t-il à se convaincre qu'il est l'« élu » pour diriger son peuple ? Évidemment, je parle ici des motivations personnelles de la candidature au poste de « chef ». Car, dans le cadre d'une démocratie, le candidat-chef devient l'« élu » grâce à un vote direct ou indirect de la population.

Certes, dans les pays dits « démocratiques », on nous parlera sans cesse des élections. Néanmoins, ce n'est pas « Monsieur ou Madame tout le monde » qui se considère, du jour au lendemain, qu'il (elle) serait le/la « meilleur (e) pour diriger le peuple !

Pour cela, il existe sans conteste une dimension « narcissique » chez ceux ou celles qui aspirent à diriger et à occuper la place de « chef », mis à part le cas des monarques qui sont désignés (es) de par leur naissance.

D'ailleurs, même parmi ceux qui accèdent au pouvoir par la transmission dynastique, certains n'échappent pas aux dérives inhérentes à la nature humaine : une fois au pourvoir, certains monarques sombrent dans l'absolutisme et deviennent de véritables tyrans, au même titre que des dictateurs !

Ainsi, toute aspiration à diriger, à être « chef », à être le « meilleur » ou la « meilleure » de tous, ce désir du pouvoir comporte nécessairement une dimension narcissique.

De ce fait même, l'aspiration au pouvoir peut être, chez certains sujets, une démarche addictive voire même une « déviation » de survie narcissique. Cela au même titre que d'autres pratiques « néosexuelles » selon la théorie de J. McDougall que nous avons déjà citée précédemment.


Le pouvoir du chef, c'est aussi le pouvoir de ses collaborateurs


Sur le plan « transsubjectif », du moment où le « chef » se serait installé au pouvoir dans une démarche addictive, c'est tout le régime qui succombe à la tentation : toutes les institutions du pays ou de la collectivité deviennent l'extension narcissique du chef !

Évidemment, tel ou tel lecteur pourrait commettre l'erreur courante qui consiste à considérer que de telles « déviations narcissiques » seraient le monopole des pays pauvres, la seule particularité des pays où les régimes ne sont pas démocratiques, voire même une exception qui ne concernerait que des dictatures !

Certes, dans un pays où le régime est totalitaire, il va de soi que les risques sont très grands pour que le « chef » gouverne la nation comme l'une des parties de son propre corps. Néanmoins, même au sein des pays dits « civilisés », nous constatons régulièrement l'existence de « chefs » – et/ou leurs collaborateurs – qui sont de véritables autocrates ! Dans certains cas très précis, certaines pratiques du pouvoir sont pires que celles des dictateurs historiquement reconnus comme tels ! Je n'ai pas besoin de citer des exemple : j'invite chacun de mes futurs lecteurs à regarder autour de soi, tout simplement !

(...)


2. Pouvoir, jouissance et perversion


Revenons sur l'une des caractéristiques de la perversion, à savoir son caractère « addictif » : là où il y a « addiction », il y a nécessairement un bénéfice « jouissif » pour le sujet.

Habituellement, du point de vue clinique, l'addiction ou le comportement addictif est associé à la prise de substance et/ou de plaisir – incorporation – dont le sujet devient dépendant : la drogue, l'alcool, le sexe, la nourriture, etc.

Cependant, il existe d'autres formes d'addiction comportementale qui n'impliquent pas nécessairement l'incorporation/introjectiond'objets matériels. Ainsi, certains comportements sportifs, certains types de voyages à risque, certains types de loisirs (vidéo, jeux, cinéma, musique, etc), tous ces comportements qui procurent du plaisir au point de ne plus s'en séparer peuvent devenir addictifs.

Il va de même pour certaines activités professionnelles et/ou culturelles. En effet, comme je l'ai déjà développé dans ma thèse de Doctorat déjà citée, il existe une forme de « boulimie d'agir » qui est le plus souvent associée à un syndrome dépressif chez certains patients.

En ce qui concerne la problématique qui nous intéresse et, à partir des « pièces à conviction » que j'ai présentées dans la partie précédente, j'ai été surpris par l'acharnement administratif et judiciaire dont je suis victime malgré l'abondance de preuves matérielles qui plaident en ma faveur ! Ainsi, ma question est la suivante : comment une administration bien structurée, bien organisée et très hiérarchisée peut-elle en arriver là ?

(...)


3. Ni honte, ni remords, ni regrets !


Revenons sur l'une des dimensions de la perversion selon la définition psychanalytique que nous avons déjà citée :

« Dans la théorie kleinienne, la perversion est toujours décrite en fonction d'une norme et d'une pathologie, mais toute idée de déviance est écartée. Aussi est-elle regardée comme un trouble de l'identité de nature schizoïde lié à une farouche pulsion de destruction de soi-même et de l'objet. Loin d'être l'expression d'une « aberration » sexuelle, elle devient la manifestation à l'état brut de la pulsion de mort, au point de faire naître dans le cadre de la cure une réaction thérapeutique négative (ou perversion de transfert) »30.

Chez le psychotique, les cliniciens décrivent le plus souvent un sujet à « personnalités multiples ». Prenons le cas de certains schizophrènes : ils sont imprévisibles, indifférents aux objets qui les entourent. Mais, ils sont hyper-sensibles lorsqu'un geste, un événement ou une injonction d'autrui vient perturber l'ambiance habituelle et/ou l'ordre environnemental familier. Nous pouvons ainsi conclure que dans certaines circonstances, les psychotiques se sentent concernés – voire même plus concernés que les autres – par ce qui se passe autour d'eux.

Or, dans le déroulement des affaires criminelles que j'ai décrites depuis le début de la présente réflexion, il existe un comportement étrange chez nos bourreaux : vous pouvez contester, vous pouvez leur montrer que leurs affirmations sont sans aucun fondement, vous pouvez leur présenter toutes les preuves matérielles irréfutables pour dénoncer leurs actes mais, rien n'y fait ! « Ça ne prouve rien », selon la réponse d'un Juge que j'ai déjà cité : je lui présentais les preuves pour dénoncer les faux documents à partir desquels je suis injustement attaqué. J'attendais au moins qu'il laisse à mes adversaires la parole pour qu'ils me prouvent le contraire. Mais non ! Le Juge m'a signifié, tout simplement, que mes adversaires n'étaient pas obligés de se justifier et encore moins de s'expliquer. « Ça ne prouve rien, il n'y a rien d'illégal » !

Prenons un autre cas : lorsque mon logement fut attaqué pour la première fois, le 07 février 2013, les dégâts de destruction à la perceuse laissaient croire que les voisins avaient sans doute vu et/ou entendu quelque chose lors de cette opération de destruction criminelle. Pour cela, j'ai décidé de mettre des affiches à la porte d'entrée de l'immeuble dans l'espoir de recueillir d'éventuels témoignages des voisins. A ma grande surprise, dès que je terminais de coller les affiches, le gardien d'immeuble les arrachait immédiatement ! Un jour, il m'a suivi, pas-à-pas : dès que je collais une affiche, il l'arrachait immédiatement en ma présence ! Je lui ai demandé pourquoi il ne me laissait pas recueillir les témoignages des voisins : le Monsieur a tout simplement esquissé un sourire narquois et il est parti en sifflotant !

J'avais déjà déposé une plainte contre ce même gardien d'immeuble au sujet de ses injures racistes et diffamatoires, au sujet de ses discours publics calomnieux à mon encontre. Suite à cette plainte, le commissariat de Police nous a convoqués pour une confrontation. Le jour de la confrontation, le Monsieur a nié tous les faits en ces termes : « Moi, je suis professionnel. Je suis chrétien et surveillant dans une école catholique ; ce ne sont pas mes valeurs », a-t-il déclaré pour réfuter toutes les charges ! J'ai immédiatement informé l'agent de Police que j'avais en ma possession des enregistrements audio et vidéo. Compte tenu de cette information, l'agent de Police a demandé au gardien d'immeuble s'il maintenait ses propos ou s'il comptait les modifier. L'intéressé à répondu : « Je vais d'abord consulter mon employeur » [La société HLM]. Il est immédiatement sorti. Après avoir signé ma déposition, je suis sorti à mon tour. Derrière la porte du bureau de l'agent de Police, dans la cour du commissariat, le gardien d'immeuble était entouré par trois agents de Police en uniforme. Dès que le gardien d'immeuble m'a aperçu, il a souri, il a passé la langue derrière ses lèvres et sa moustache bien rangée à la Hitler, en laissant transparaître du plaisir sur son visage ! Par rapport à la confrontation qui venait d'avoir lieu dans le bureau à côté, c'était désormais un autre homme : il était « intégré » au sein de la Police, il était « paré » de pouvoir et il tenait à me le signifier !

La même « jouissance » accompagne les discours d'appel à la haine raciste qui sont régulièrement prononcés derrière la fenêtre de mon logement. Le chef du commando, c'est toujours le même : le gardien d'immeuble. Lorsque celui-ci se met en transes pour s'attaquer aux étrangers – en particulier les Rwandais –, à côté de lui, A. Hitler et B. Mussolini seraient des nains ! Pour cela, détruire la réputation d'autrui, insulter, calomnier, diffamer, se faire complice d'attaques de destruction des biens d'autrui, etc., tous ces actes relèveraient de l'« ordinaire » et n'auraient rien d'illégal : ni sur le plan moral ni du point de vue juridique !

Pour parachever l'œuvre ci-dessus décrite, un commando dirigé par un huissier de Justice a menée une attaque à mains armée contre ma personne, le 04 décembre 2014. Comme je l'ai déjà signalé, c'était la deuxième attaque armée. Dès que j'ai entendu le bruit sur la porte de mon logement, je suis sorti pour voir et j'ai failli être transpercé par la perceuse du malfaiteur qui détruisait la porte ! Lorsque j'ai voulu savoir pourquoi cet individu s'attaquait à ma porte, l'un des trois hommes qui assistaient à la scène s'est présenté comme étant l'huissier de Justice ! Suite à l'une des escroqueries judiciaires dirigées contre ma personne – voir la partie précédente –, une société d'huissiers de Justice m'avaient envoyé un courrier de menaces ! J'avais déjà répondu à ce courrier et j'avais dénoncé cet acharnement illégal en fournissant des preuves écrites. Lors de cette nouvelle attaque du 04 décembre 2014, j'ai expliqué à nouveau à cet huissier qu'il se servait d'un dossier judiciaire d'escroquerie pour mener une attaque armée contre ma personne. L'intéressé m'a répondu :

« Vous pouvez aller vous plaindre partout où vous voulez, chez le président de la République par exemple, ou bien n'importe où et auprès de n'importe quelle personne de votre choix partout dans le monde » ! Puis, cet huissier et les membres de son commando sont partis ! L'opération était finie.

Le constat est clair : nos bourreaux se comportent comme des automates qui doivent accomplir un programme criminel sans se poser la moindre question. La victime peut contester ou se plaindre, elle peut même apporter toutes les preuves pour se défendre : « Ça ne prouve rien » !


Ce qui est décrit ci-dessus, c'est du « déjà vu » !


Dans le cadre de ma recherche doctorale, j'ai regardé plusieurs vidéos concernant les procès des crimes génocidaires au Rwanda, procès qui ont été menés par des tribunaux de proximité « agacaca ». Lors de ces audiences de proximité, j'ai constaté le même phénomène d'indifférence et de défiance de la part des personnes accusées de génocide : malgré les détails de faits présentés par les plaignants, malgré les témoignages à charge, les prévenus restaient impassibles, sans aucune émotion : ni de compassion envers les rescapés du génocide qui ont réellement perdu les leurs – ou qui ont été individuellement attaqués (es) pendant le génocide, ni d'indignation compte tenu des accusations qui étaient formulées contre eux ! Évidemment, tant que ces accusés n'étaient pas encore condamnés, ils étaient innocents. Cependant, dans la situation particulière du Rwanda, même si l'on n'a rien à se reprocher, il est incompréhensible d'afficher une attitude d'indifférence alors que l'on est entouré de tombes, de cimetières des victimes du génocide, sans oublier les ruines des biens matériels qui ont été détruits par les génocidaires en 1994.

Par conséquent, hier comme aujourd'hui, nous avons affaire à des personnages qui n'ont ni honte, ni remords ni regrets ! Pour cela, la théorie kleinienne est démontrée en ce qui concerne la perversion : « Aussi est-elle regardée comme un trouble de l'identité de nature schizoïde lié à une farouche pulsion de destruction de soi-même et de l'objet. Loin d'être l'expression d'une « aberration » sexuelle, elle devient la manifestation à l'état brut de la pulsion de mort (...) ».


Communautarisme raciste et Jihadisme Jacobin


Lorsque le gardien d'immeuble à mon lieu de domicile prononce ses discours d'appel à la haine, ses paroles sont audibles jusqu'à plusieurs centaines de mètres à la ronde ! Donc, tout l'immeuble entend et voit ce qui se passe. Pourtant, je n'ai jamais entendu tel ou tel voisin intervenir pour lui signifier que son comportement est inacceptable. Au contraire, certains voisins de l'immeuble s'associent à lui et participent à ce spectacle dans une cour où de très jeunes enfants sont régulièrement en train de jouer !

Dans son « discours programme » du 04 novembre 2009, le gardien d'immeuble a fourni une justification au comportement ci-dessus décrit : ils sont « chez-eux » ! Autrement dit, ceux qui attaquent avec violence des Français à l'étranger auraient-il raison ? Car, eux aussi, ils sont « chez-eux » !

Constat : à côté du « communautarisme » socioculturel qui est souvent reproché à certains étrangers qui résident en France, il existe un « communautarisme raciste » chez certains Français qui seraient au-dessus de la Loi. Tout simplement, parce qu'ils sont « chez-eux » ! Plus grave encore, ce comportement est le plus souvent justifié au moyen d'arguments de nature « patriotique » : la défense des « valeurs de la République » ! Cette dimension « jacobine » constitue aussi l'un des arguments développés par le gardien d'immeuble lors de ses grands discours.

Ainsi, il existe un véritable Jihadisme Jacobin, au même titre que le Jihadisme Religieux. Car, pour ma part, ceux qui tuent au nom de la Religion et ceux qui tuent au nom de la République, ce sont tous des criminels : il n'existe pas de « bons » et de « mauvais » crimes. Quelle que soit la raison avancée, aucun crime ne peut être justifié par une idéologie d'appartenance identitaire.

22 KAËS R., texte : « Ruptures catastrophiques et travail de la mémoire », in PUGET J. et all., Violence d'État et psychanalyse, op. cit., ibid.

23Ikimwamwanya : substantif du verbe « kumwamwanya » en Kinyarwanda: escroquer, mentir, faire usage de faux, mais aussi et surtout, user du « faux-self » en toutes circonstances pour duper l'entourage !

24 ROUDINESCO E. et PLON M., (1997), Dictionnaire de la psychanalyse, op. cit., ibid.

25 Ibid., p. 1174.

26 Ibid., p. 1175.

27Thèse de Doctorat soutenue à l'Université Paris Diderot – Paris7 en 2011.

28 WINNICOTT D., (1950 – 1955), texte « L’agressivité et ses rapports avec le développement affectif », in De la pédiatrie à la psychanalyse, op. cit., ibid.

29 Ibid., pp. 160 – 161.

30 ROUDINESCO E. et PLON M., (1997), Dictionnaire de la psychanalyse, op. cit., ibid.


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Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


Synthèse

Commander

Le Jugement
de l'Histoire


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Le génocide
au Rwanda


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Psychopathologie descriptive I
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