ÉDITIONS UMUSOZO
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VI. Approche sémiologique comparée :
Synthèse de la quatrième partie


Cas paradigmatique de Philippe :


1. Approche sémiologique


Chez l'adolescent en situation d'exil, nous retrouvons les symptômes classiques de la psychopathologie fondamentale : trouble de la personnalité, trouble du langage, trouble de la pensée, trouble de l'humeur, les troubles narcissiques, les relations incestuelles avec les parents (père, mère, frères et sœurs) - [P.C. Racamier définit l’incestuel comme « l’inceste moral » - comme on parle de masochisme moral. Selon cet auteur, « si l’inceste est plutôt le fait du père, l’incestuel est plutôt le fait de la mère » ; même si le couple incestuel touche ou contamine toute la famille.86 Cependant, tous les membres de la famille ne sont pas concernés de la même façon.

2. Approche comparative et différentielle

Les cas cliniques chez les adolescents en situation d'exil, comme celui de Philippe dont nous venons de présenter le contenu, ressemblent au cas de Monsieur Z  décrit par J.L. Donnet et A. Green dans leur ouvrage « L’enfant de ça »87 quant à leur complexité caractérisée par le délire des origines – un délire généalogique. Cependant, avant de parler des similitudes entre les symptômes cliniques chez certains jeunes en situation d'exil et le cas de « l'enfant de ça » décrit par J.L. Donnet et A. Green, il conviendrait d'abord de souligner leurs différences évidentes. Prenons l'exemple concret du cas de Philippe pour étayer nos hypothèses :

Premièrement, comme pour la plupart des cas cliniques chez les jeunes en situation d'exil, Philippe n’est pas l’enfant né de l’inceste, alors que l’enfant de ça est né suite à une liaison d'inceste entre sa mère et le gendre de celle-ci.

Deuxièmement, l’enfant de ça présente certains symptômes pathologiques qui ne sont pas observables dans tous les tableaux cliniques chez certains adolescents en situation d'exil : Monsieur Z – « l'enfant de ca », en plus du clivage et l’ambivalence affective, il a des troubles de la pensée et du langage. Puis, il traverse des épisodes de dépression. Ces symptômes ne sont pas généralisables chez tous les jeunes patients en situation d'exil.

Troisièmement, il y a une différence nette en ce qui concerne le moment de l’apparition de la maladie : Chez Monsieur Zl’enfant de ça, il y aurait eu un arrêt de développement de la vie psychique, une fixation pathologique au stade pré-Œdipien. Tandis que pour le cas de Philippe par exemple, nous observons un développement quasi normal de la vie psychique du jeune jusqu’au stade de la puberté. L'étiologie de la pathologie serait plutôt liée aux problématiques de l'environnement à l'adolescence : comme l’environnement n’a pas réussi à répondre aux attentes du patient dans sa restructuration psychique, il y aurait eu une régression aux stades psychiques pré-Œdipiens.

Cependant, malgré ces quelques différences concernant la manifestation des symptômes, nous serions en face d’une même pathologie dans les deux cas : chez l'enfant de ça d'une part, et dans les pathologies chez certains adolescents en situation d'exil d'autre part. Intéressons-nous encore une fois au cas de Philippe pour poursuivre notre analyse comparative :

Comme Monsieur Z, le symptôme psychique principal de Philippe c’est le clivage : entre la culture ancestrale idéalisée et la situation d'exil très contraignante – représentée par la figure de la mère. Ce clivage est accompagné par l’ambivalence affective : L’enfant de ça, selon la description de J.L. Donnet et A. Green, a cherché une relation fusionnelle à l’extérieur du cercle familial, avec un chef d’orchestre. Cette recherche d’amour est sans doute l’ultime tentative de se soustraire de l’entourage maternel où les relations ne sont pas différenciées. Philippe aussi s’est réfugié dans la relation passionnelle avec sa petite amie. Mais, dans les deux cas, les patients restent toujours attachés à leur mère malgré la violence qu'ils expriment en essayant de se séparer d’elle. Enfin, chez les deux patients, il n’y a pas le syndrome de dissociation psychique, pas de troubles de la mémoire ou des troubles somatiques, pas de délire généralisé de nature psychotique – mis à part le délire mégalomaniaque des origines chez Philippe. Ce même délire des origines se retrouve chez certains jeunes en situation d'exil. Il s'agirait d'un délire-rêve, pour satisfaire le désir insatisfait de la quête de l'identité ancestrale.

3. Réflexion sur les modalités de prise en charge note

Conclusion générale

1. Le cas du Rwanda

2. Approches théorique et clinique

3. Exil et violence

A propos des « troubles psychiques à l’adolescence »,88 F. Richard distingue « destructivité » et « pulsion de mort. » Dans cette dernière, la violence « hésite entre destruction totale et issue plus positive en conflit revendicateur, ou en parcours initiatique parsemé de risques. »89 D’après le même auteur, « lorsque la pulsion de mort se voit tempérée en haine pour l’objet, c’est la haine qui garantit la consistance de l’objet et qui sauvegarde la continuité de la relation ! Au contraire, dans les pathologies de l’autodestruction, le sujet demeure prisonnier d’un imaginaire sadomasochiste qui ne parvient pas à soutenir la consistance symbolique de l’objet et de l’interlocuteur. »90

Au sujet du masochisme, F. Richard nous apprend que chez « certains sujets, on a l’impression d’assister à une offrande sacrificielle visant à réparer un parent narcissiquement abîmé, dans l’espérance qu’à la désorganisation succédera une réorganisation. » A cet effet, dans les cas clinique de jeunes patients en conflit avec leurs parents et/ou dont le comportement ne respecte pas la Loi, le sujet semble se sacrifier pour racheter l’honneur familial perdu. Et plus que l’honneur familial perdu, certains adolescents chercheraient à « réparer », à travers le symptôme, l’image de leurs ascendants.

Néanmoins, la violence chez certains jeunes serait en même temps une tentative de trouver une sortie favorable par rapport à l'histoire familiale dont le traumatisme pèse sur toute la descendance. Il s’agirait ainsi d’un processus de maturation subjective, marquée certes par le traumatisme migratoire de la famille, mais qui s’inscrit parfaitement dans une dynamique subjective singulière.

86RACAMIER P.C., L’inceste et l’incestuel, o.c., pp. 72 - 73.

87DONNET J.L. et GREEN A., L’enfant de ça, Paris, Editions de Minuit, 1973.

88RICHARD F., Les troubles psychiques à l’adolescence, Paris, Dunod, 1998.

89Ibid., p. 53.

90Ibid., p. 54.


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Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


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Cet ouvrage est désormais édité par
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