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Le problème de la langue : selon R. Diatkine [p. 213]


Trois remarques de R. Diatkine permettent de faire une liaison logique entre l’apprentissage de la langue et le processus de subjectivation chez tout individu au sein d’un corpus culturel déterminé :

Premièrement, si le milieu où vit l’enfant facilite l’accès au langage, ce ne sont pas les parents qui apprennent à l’enfant la langue maternelle. L’enfant n’attend pas qu’on lui apprenne pour parler. A un moment donné, tous les éléments sont là pour faciliter l’acquisition du langage. Autrement dit, avant même le langage, l’enfant puise dans un corpus socioculturel beaucoup plus large que le cercle familial pour se structurer en tant que « sujet. » Cette remarque de R. Diatkine démontre que les parents ne sont pas les seuls responsables du devenir-sujet de leurs enfants : le rôle éducatif revient aussi bien aux parents et à la collectivité où vivent les enfants.

Deuxièmement, il existe une corrélation entre la maîtrise du langage par l’enfant et son fonctionnement psychique : « les termes fonctionnels tels que les pronoms, articles, propositions et adverbes (…) servent à formuler des énoncés de plus en plus complexes, mais aussi ils servent à développer le fonctionnement mental de l’enfant. Car, « l’utilisation de ces termes implique une représentation des représentations verbales. »79

Troisièmement, R. Diatkine souligne l’aspect ludique du langage chez l’enfant : l’enfant répète les mêmes mots, reprend ce qu’il vient d’entendre même si on ne s’adressait pas à lui. Selon l’auteur, c’est ce côté ludique du langage qui se poursuit plus tard dans la poésie et la musique. Cette capacité à se procurer du plaisir en parlant témoigne aussi de la capacité de l’enfant à être seul devant sa mère. R. Diatkine rappelle, à partir de l’observation de Winnicott, que ce temps est indispensable pour que l’enfant « puisse se constituer en interlocuteur devant autrui. »80

Toutes ces observations permettent d’élargir notre réflexion sur la nature du conflit psychique à l’origine des violences adolescentes : certains actes antisociaux, chez tel ou tel adolescent en situation d’exil, constitueraient un « moyen » de dire « j’existe », là où l’entourage n’aurait pas permis à l’individu de se structurer en tant que « je », en tant que « sujet » différencié et responsable de ses actes par le biais du langage.

II. La fonction parentale en situation d'exil

1. Etre un homme, c'est une question d'honneur ! Le cas de Monsieur P. : l'exil, c'est l'honneur
perdu !

2. Trauma et féminité en situation d'exil : problématique identitaire chez la femme exilée

- confrontation aux problèmes de procréation et d'accouchement en situation d'exil

- Les enfants otages : cas de Mme Clément

3. Exil, généalogie et filiation p. 219

III. L'adolescent en situation d'exil

- L'adolescent en situation d'exil : la figure du héros moderne ! Exemple de Candide [note p. 223]

1. L'errance identitaire : le cas de Yohan

2. Devenir Sans Domicile Fixe : « ma vie c'est la route » !

3. « Je suis citoyen du monde » : la quête de l'identité : Selon F. Sinatra, [p. 229 – 230]

L’appartenance à « la citoyenneté du monde » peut constituer, chez certains sujets, le symptôme de « l’errance identitaire. » 81

Selon F. Sinatra,82 l’errance identitaire chez l’exilé est avant tout la quête de soi, la recherche d’un « chez-soi », là où « je » et « corps » ne feraient qu’un. Deux formes de pathologies illustrent cette hypothèse :

Premièrement, le « sujet errant » en exil cherche « l’objet modèle » qui servirait d’étayage dans la construction de son identité subjective. C’est ainsi que l’individu se donne la tâche de « visiter » presque toutes les cultures dont il a la vague information, à travers des livres, des contes ou d’autres médiations artistiques. A ce stade là, on observe un comportement quasi névrotique qui s’exprime par « une fantaisie intellectuelle » visant à faire valoir à tout prix la reconnaissance de la « culture universelle », une culture qui serait valable pour tous les hommes. La différence entre ce type de revendication intellectuelle et la défense ordinaire des valeurs universelles c’est que « l’errance identitaire » s’accompagne d’un certain degré d’intolérance, avec la possibilité même d’utiliser la force pour que cette cause soit entendue ! D’où d’ailleurs la contradiction : d’un côté le sujet défend l’égalité et le respect des valeurs universelles, de l’autre il refuse tout dialogue pouvant inclure un point de vue différent !

Deuxièmement, compte tenu de son histoire familiale, Yohan ne peut que se définir comme « citoyen du monde. » En somme, il refuse d’être « le fils » de sa patrie d’origine – en Afrique et, en même temps, il n’accepte pas non plus d’être appelé français. Il est européen comme sa mère, africain comme son père et français d'après sa naissance en terre d'exil. C’est pour cela qu’il recherche « la sagesse universelle. » Cette quête de l’identité culturelle ne serait autre chose que « la recherche d’être pleinement chez soi, au détour de l’exil. » Yohan sait qu’il est « différent des autres, étranger en terre étrangère, propulsé vers un ailleurs qu’il doit faire propre. Dans ce pays de l’autre, il est sollicité plus que quiconque à trouver son  pays. »83

IV. Pathologies du trop de mémoire

1. Mémoire et traumatisme

Selon S. Ferenczi, « le comportement des adultes à l’égard de l’enfant qui subit le traumatisme fait partie du mode d’action psychique du traumatisme. Ceux-ci font généralement preuve d’incompréhension apparente à un très haut degré. L’enfant est puni, ce qui, entre autres, agit aussi sur l’enfant par la très grande injustice. L’expression hongroise à l’usage des enfants, « katonadolog » (le lot du soldat), exige de l’enfant un degré d’héroïsme dont il n’est pas encore capable. Ou bien les adultes réagissent par un silence de mort qui rend l’enfant aussi ignorant qu’il lui est demandé d’être. »84

2. Le cas d'Issa [p. 235 note p. 236]

- L'importance de la figure parentale [p. 243]

- Le clivage narcissique : « enfants chauves-souris » [p...]

3. Du préjudice collectif du passé au conflit psychique individuel [p. 247]

- Lien entre préjudice collectif du passé et conflit psychique actuel :
la logique de dis-proportionnalité [note p. 249]

V. Pathologies du pas assez de mémoire

1. Le conflit des « langues » entre parents et enfants : le cas clinique de Bernard [p. 253]

2. La compulsion de répétition traumatique : agir sans cesse !

- L'abus narcissique

Selon P.C. Racamier, l’abus narcissique concerne la relation dans laquelle « l’adulte a imposé son propre narcissisme au détriment de celui de l’enfant. La séduction aura été radicalement gauchie. L’attente narcissique de la mère aura été excessivement élevée ; ou trop étroitement ciblée ; ou les deux ; quoi qu’il en soit, elle sera devenue contraignante. Ainsi contraignante, elle sera faite insatiable. » 85 D’après le même auteur, cette insatisfaction peut générer une séduction continuelle et, celle-ci peut aboutir à un inceste comme « ultime remède. » En effet, Bernard a été idéalisé dès sa naissance par ses deux parents. Il l’ont considéré comme celui qui viendrait sauver l’honneur de la famille et cet enfant n’avait pas de place possible pour exister en dehors des attentes familiales. Ce serait sans doute une relation trop narcissique entre Bernard et ses parents qui aurait poussé le petit garçon à se rebeller.

79Ibid.

80Ibid.

81SINATRA F., article “La figure de l’étranger et l’expérience de l’exil dans la cure : L’errance identitaire et la double identité », in KAËS R. et al., Différence culturelle et souffrances l’identité, o.c, pp. 146 - 147.

82Ibid.

83Ibid.

84FERENCZI S., (1932), Texte « Réflexion sur le traumatisme », in Psychanalyse IV Œuvres complètes 1927 – 1933, Paris, Payot, 1982, p. 141.

85Ibid.


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Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


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