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SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives,
thèse de Doctorat soutenue le 25 février 2011, Université Paris Diderot – Paris7.


Remarque : les références de pages indiquées dans la présente synthèse sont celles du texte original de soutenance (consultable à la Bibliothèque centrale, Université Paris Diderot – Paris 7).

INTRODUCTION

Dans son article « Le pardon peut-il guérir ? »,1 P. Ricoeur s'intéresse à la question des psychopathologies consécutives aux traumatismes des violences collectives. Ainsi, selon le même auteur, certains individus ayant été victimes des violences collectives souffriraient de « la ‘maladie’ de la mémoire » qui se caractériserait par « un trop de mémoire » et/ou par un « défaut de mémoire. »2 Selon l’hypothèse de P. Ricoeur, dans les psychopathologies liées aux conflits sociaux, n’aurait-on pas affaire à une « maladie historique ? »3 A partir de cette interrogation, l’auteur fait recours à la théorie freudienne pour décrire les phénomènes inconscients qui seraient à l’origine des psychopathologies liées aux souvenirs des conflits collectifs : « on a vu la compulsion de répétition selon Freud se substituer au souvenir, l'acting out faisant irruption au lieu du souvenir. C’est sur cette compulsion de répétition que l’on pourrait greffer l’oubli de fuite, la stratégie d’évitement, l’entreprise de mauvaise foi, qui font de l’oubli actif-passif une entreprise perverse. »4

Le texte de P. Ricoeur a retenu mon attention en 2000. Je terminais la rédaction d'un dossier de recherche en théologie sur le cas des violences collectives qui ont secoué le Rwanda. La nouveauté de ce texte pour moi, à cette époque, c'est que je découvrais l'intérêt de la théorie psychanalytique dans la compréhension des phénomènes psychiques à l'origine des violences individuelles et collectives. Par la suite, j'ai entrepris de poursuivre mes études universitaires afin d'acquérir les outils scientifiques permettant d'approfondir la problématique des violences collectives en générale, mais aussi et surtout le cas du Rwanda en particulier [page 6 note 1].

P. Ricoeur précise : « Ce qui m'a incité à prendre mon départ au cœur de la mémoire, c'est un phénomène troublant que l'on peut observer à l'échelle de la mémoire commune, de la mémoire partagée (...). Ce phénomène est particulièrement caractéristique de la période de l'après-guerre froide, où tant de peuples sont soumis à la difficile épreuve de l'intégration de souvenirs traumatiques remontant du passé d'avant l'époque totalitaire. Ne peut-on pas dire que certains peuples souffrent d'un trop de mémoire, comme s'ils étaient hantés par le souvenir des humiliations subies lors d'un passé lointain et aussi par celui des gloires lointaines ? Mais ne peut-on pas dire au contraire que d'autres peuples souffrent d'un défaut de mémoire comme s'ils fuyaient devant la hantise de leur propre passé (...) ? »5

C'est le cas du Rwanda qui nous servira de terrain d'observation clinique pour formuler nos thèses et hypothèses de recherche. Dans la dernière partie de notre recherche, nous nous intéresserons à la problématique de la violence chez l'adolescent en situation d'exil : ce sont les observations auprès d'exilés qui m'ont amené à entreprendre d'abord des études de psychologie clinique, puis la recherche dans le cadre d'une thèse de doctorat. Ainsi, à partir des symptômes de l'enfant, c'est toute l'institution familiale qui sera concernée par nos observations.

Recherche en psychopathologie et psychanalyse : approches théoriques de référence

L'observation des groupes :

Si on demande à un groupe d'individus appartenant à un ensemble organisé ou à une institution, jeunes ou adultes, de diviser le premier groupe en plusieurs petits groupes selon les affinités réciproques, on constate par la suite que des individus ayant en commun des traits de personnalité spécifiques se retrouvent dans les mêmes groupes !

Par la suite, il est facile d'observer l'émergence de comportements particuliers à tel ou tel groupe, principalement des comportements agressifs, revendicatifs, discriminatoires vis-à-vis d'autres groupes, voire même la désignation d'un bouc-émissaire éventuel ! Cela, soit au sein du même groupe ou à l'extérieur de celui-ci. Cependant, il arrive aussi que ce soit le sentiment inverse qui se manifeste : tel ou tel membre du petit groupe devient le « chef » ou l'« idole », ou bien encore, le groupe invente l'idéologie-slogan pour se distinguer et se différencier des autres groupes ! Autrement dit, l'élection d'un meneur et/ou d'un bouc-émissaire est secondaire à la création ou à la reconnaissance des liens intra-psychiques qui réunissent les membres d'un groupe déterminé. Ainsi, une question se pose : pourquoi créer ou élire un meneur, ou bien a contrario, pourquoi désigner un bouc-émissaire si le groupe n'en a pas besoin pour se former ?

Certes, le groupe n'a pas besoin d'un « objet - représentant » extérieur pour se former. Néanmoins, le groupe a besoin d'un objet d'amour et/ou de haine pour exister : l'objet d'amour et/ou de haine constitue le symbole de l'unité psychique de tous les membres par identification, à savoir le fait d’aspirer “ à rendre le moi propre semblable à l’autre pris comme modère »6 en ce qui concerne l'élection d'un meneur. De la même façon, selon la théorie de M. Klein sur l'identification projective,7 le bouc-émissaire est désigné en tant que « mauvais » objet expulsé, projeté et rejeté par tous les membres du groupe. Ainsi, ce rejet commun d'un même objet, cette haine commune sert de lien libidinal entre les membres du groupe.

1RICOEUR P., article « Le pardon peut-il guérir ? », in Revue Esprit, mars-avril 1995, n° 210, pp. 77 - 82

2Ibid., p. 77

3Ibid., p. 80

4Ibid.

5Ibid.

6FREUD S., (1921), texte « Psychologie des foules et analyse du moi », in Essai de psychanalyse, Paris, Payot, 1981, pp. 119 -204

7KLEIN M., (1955), texte «A propos de l'identification », in Envie et gratitude et autres essais, Paris, Gallimard, 1997, pp. 140 – 147


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Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


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