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L'ENFANT EN SITUATION D'EXIL : REFLEXION CLINIQUE1


La question du cadre, en ce qui concerne les psychopathologies chez les adolescents en situation d’exil en général, est directement liée à celle de la prise en charge clinique des parents-eux mêmes. En effet, l’observation clinique montre que l’enfant malade est avant tout le symptôme de sa famille. Mais, s’il est possible d’assurer un accompagnement psychologique des parents à travers le même suivi clinique de leur enfant en bas âge, il s’avère difficile de proposer un suivi thérapeutique individuel aux parents qui présentent leur enfant adolescent comme étant le seul malade au sein de la famille. Cela parce que le patient adolescent a besoin d’un espace de soins à lui, alors que le petit enfant est souvent accompagné de ses parents pendant les entretiens cliniques. Toutes ces modalités de prise en charge clinique des enfants en situation d’exil - selon leur âge – entraînent certaines conséquences sur la conception du cadre de soins et interrogent sur la place des parents dans le suivi thérapeutique de leurs enfants.


La conception de la maladie mentale et sa prise en charge 

L’influence de la culture d’origine


La clinique de l’exil se heurte à des phénomènes culturels qui ont amené certains cliniciens à inventer une prise en charge dite d’« ethnopsychiatrie » ou d’« ethnopsychanalyse. » Cependant, tout en reconnaissant l’importance de certains aménagements pour que le cadre corresponde à la demande des patients, je ne partage pas l’idée selon laquelle il y aurait une catégorie nouvelle des psychopathologies spécifiques à telle ou telle aire culturelle.

En revanche, l’observation clinique et les entretiens avec les parents exilés permettent de découvrir les différences qui existent dans la conception de la maladie mentale et sa prise en charge selon les cultures. Pour cela, même si on s’aperçoit lors des entretiens d’évaluation que la pathologie de l’enfant exprime le symptôme au sein de la famille, il est difficile de proposer aux parents un suivi individuel au même titre que leur enfant. A ce propos, il convient de noter que ce n’est pas toujours les parents de l’enfant, dans le contexte particulier d’exil, qui sont les premiers à formuler la demande du suivi psychologique de leur enfant ! Ce suivi peut être souhaité d’abord par les enseignants, les travailleurs sociaux ou d’autres intervenants publics ; puis les parents assument cette demande par la suite. Dans certains cas, lors de l’entretien d’évaluation, les parents s’excluent de la pathologie familiale en l’attribuant uniquement à leur enfant : « la maîtresse de mon fils (ou de ma fille) a souhaité qu’il (elle) soit suivi (e)…parce qu’il a des problèmes… » Ainsi, il est rare que les parents disent directement : « nous avons des problèmes avec notre enfant. »

La formulation de la demande est très importante parce qu’elle préfigure la suite de la prise en charge. Car, si l’enfant est désigné comme le seul à avoir des problèmes nécessitant un suivi de soins, il sera difficile de proposer aussi aux parents un suivi individuel approprié. On peut facilement contourner cet écueil lorsque l’enfant est petit, parce que les parents accompagnent leur enfant lors des entretiens. Mais pour les adolescents, il faut s’y prendre autrement.

L’autre difficulté c’est que les parents exilés ne croient pas toujours à l’efficacité du suivi psychologique ! Pour certaines familles, c’est la prise en charge traditionnelle qui compte : par exemple, certains parents d’origine africaine pourront aller facilement chez le marabout, mais difficilement chez le psychologue ou chez le psychiatre !

Les parents venus d’ailleurs se trouvent souvent confrontés à la différence culturelle en ce qui concerne la place de l’enfant dans la famille et dans la société en général. Ainsi, il leur est difficile d’intégrer le rapport à la Loi par rapport à l’autorité parentale. L’exemple le plus frappant c’est celui des parents venus d’Afrique noire : chez-eux, l’enfant est « la propriété » exclusive des parents alors qu’en France, l’éducation de l’enfant est l’affaire de l’Etat ! D’où le malentendu lorsque le juge se mêle des problèmes familiaux concernant la protection de l’enfant. Ce malentendu peut aussi se ressentir dans la prise en charge thérapeutique des enfants issus de l’immigration. Si le clinicien est perçu comme celui qui récupère l’autorité parentale, les parents résistent ou refusent même de confier leur enfant du moment où ils se sentent dépossédés de leur autorité parentale. Pour cela, une attention particulière est nécessaire lorsque le clinicien rencontre les parents pour un entretien d’évaluation. De toute évidence, pour qu’il y ait une alliance thérapeutique, le clinicien est appelé à se situer autrement que d’autres professionnels qui représentent l’Etat ou la Loi.


Les enjeux de la communication parent-enfant : le statut de la parole de l’enfant


Lors des entretiens avec les parents et leurs enfants dans un espace de soins, on se rend compte que les parents exilés répondent systématiquement à la place de leurs enfants alors qu’on s’adresse à ces derniers ! C’est comme si la parole de l’enfant ne comptait pas, comme s’il était absent à l’entretien. Une éducatrice qui accompagne des familles immigrées m’a partagé son étonnement. Selon son témoignage, il arrive même que les parents parlent à leurs enfants par le toucher plutôt que par la parole : certains parents « s’imaginent que le tout petit enfant n’entend pas », a conclu cette éducatrice.

Cette observation a des conséquences sur la prise en charge des enfants sur le plan psychologique. Certains parents venus des pays où on n’accorde pas beaucoup d’importance à la parole des enfants ne croient pas aux soins par la parole, surtout chez l’enfant ! D’ailleurs, la plupart des parents exilés ne croient pas du tout à la thérapie par la parole comme nous le verrons dans le paragraphe qui suit ! Cela nous amène à souligner l’importance de la place de l’enfant dans la clinique de l’exil et la nécessité d’impliquer les parents dans le suivi des soins : c’est à travers les soins de l’enfant que les parents, eux aussi, découvriront les bienfaits de dire ce qui ne va pas. Sur le plan familial, c’est la clinique qui permettra de faire reconnaître enfin l’importance de la parole de l’enfant au sein de la famille.

Bien entendu, il ne s’agit pas non plus de réduire le cadre clinique à un espace d’éducation à la fonction parentale. Néanmoins, le cadre de soins permet la reconnaissance mutuelle entre parent et enfant en tant qu’interlocuteurs. Ce qui établit une relation de confiance et de dialogue là où l’enfant était uniquement celui qui obéit à la volonté des parents. A noter que même en cas de prise en charge individuel d’un adolescent, il est important de lui donner sa place en tant qu’interlocuteur, au même titre qu’un adulte. J’ai été surpris de constater le changement d’attitude d’un préadolescent qui, au début de mes entretiens cliniques avec lui, parlait tout en cachant ses yeux sous la table ! Deux mois après, il a commencé à me regarder en face et aujourd’hui, je parle avec lui lors des entretiens cliniques comme avec un adulte. Lorsque je lui ai demandé s’il pouvait échanger de la même façon avec son père, il m’a répondu : « je n’oserais pas, même pas avec mes grands-frères » !

1SEBUNUMA D., La compulsion de répétition dans les violences collectives, thèse de Doctorat soutenue le 25 février 2011 à l'Université Paris Diderot - Paris7, publiée à l'Université Lille3, Atelier National de Reproduction des Thèses, 2012 ; puis à Issy-les-Moulineaux, Éditions Umusozo, 2013.


12

Déogratias SEBUNUMA
Psychologue clinicien - Auteur

Titulaire du Doctorat de
 
«Recherche en psychopathologie
fondamentale et psychanalyse
»

Psychopathologie
Descriptive II


Synthèse

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Le Jugement
de l'Histoire


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Le génocide
au Rwanda


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l'autosuggestion


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Psychopathologie descriptive I
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